Le coeur en cendres 14
Pourquoi vous en vouloir tellement ? demande le docteur Vaudaux.
« Parce que j'aurai dû faire face à la situation sans sombrer, j'ai du caractère et je n'ai pas été élevée en mauviette, maman d'ailleurs m'a beaucoup secouée durant ma dépression. Si vous saviez comme j'ai honte que mes enfants, mes parents, mes amis m'aient vu dans une telle situation de faiblesse, je n'étais capable de plus rien ».
« Vous savez que la dépression est une maladie, une vraie maladie, vous n'êtes en aucune façon responsable, une séparation sur l'échelle du stress est une des composantes les plus élevées pour générer une dépression post émotionnelle. Accordez-vous de l'indulgence, du temps aussi, vous vous êtes pour moi particulièrement bien défendue ».
Les séances du docteur Vaudaux l'aide à se remettre, en complément elle prend toujours ses médicaments et elle se rend régulièrement au cabinet du docteur Chabot. Il trouve quelle est en meilleure santé, mais elle est loin d'être en pleine forme, il lui dit qu'elle en fait trop après ce qu'elle vient de vivre. Mais comme il est délicat pour une maman de ne pas en faire trop. Ses enfants sont petits, ils réclament beaucoup d'attentions, de soins, alors jours après jours elle se bat pour retrouver son énergie...
Ses enfants ont parfois dans le regard de l'inquiétude, des instants de gravité, de tristesse. Ils pleurent plus souvent, ils sont sur le qui vive, dès qu'elle se repose, ou qu'elle ne mange pas beaucoup. Parfois surtout le soir, elle reçoit de plein fouet leur détresse, quand ses filles lui demandent pourquoi il est parti pour prier ? Et est-ce qu'il ne pouvait pas rester prier avec eux ?
« Maman, tu crois que papa pense à nous, là où il est ?
« Oui, mes chéries, j'en suis sûre ».
« Tu crois qu'il a reçu nos dessins, dis maman ? ».
« Oui, papa vous aime, dormez bien mes trésors ».
Comment leur dire que leur papa ne vit plus du tout pour elles à l'heure d'aujourd'hui, mais dans un monde bien à lui, que représente une secte pour un enfant ? Ce serait trop douloureux de leur expliquer ? A-t-elle tort ou raison de ne pas leur dire la vérité ? Elles se pose sans cesse la question, mais avec tout ce que ses enfants viennent de subir elle se dit que les explications plus détaillées arriveront quand ils seront plus grands...
Florence chaque soir fait le tour des chambres, elle aime ce temps de douceur où ses enfants sont blottis la tête contre leur oreiller et leur petit corps recouvert d'un drap et d'une couverture. Ils ressemblent à des anges, les yeux clos livrés aux rêves. Elle éprouve dans ces moments là des flots de tendresse, elle pose très souvent alors délicatement un baiser sur leurs joues. Si Benjamin se réveille et pleure, elle le prend dans ses bras et le berce, il n'a rechuté q'une seule fois depuis le traitement préventif du docteur Chabot. Elle se sent dans ces instants privilégiés pleinement mère, elle a besoin de sentir sa « nichée » en sécurité. C'est dans ces moments silencieux, intimes qu'elle puisse ses forces nouvelles. Ella a parfois une pensée pour Michel qui ne vit plus ces moments si précieux, en fermant les yeux, elle lui envoie la photographie de ses enfants ainsi durant quelques secondes leur famille est intacte...
Elle fait face à la maison et au lycée, elle mène de front ses activités de mère et celle de professeur de lettres. Ses élèves sont parfois « pétillants ». Elle se doit de développer de véritables trésors d'imagination pour les intéresser à ses cours, mais entre eux il y a un respect mutuel et une véritable complicité. Elle aime transmettre ses connaissances, être en contact direct avec une classe, avec chaque élève suivant son parcours, son identité. Elle ressent de nouveau une force en elle. Elle sait que son travail lui apporte beaucoup, elle est vraiment faite pour ce métier, l'enseignement...
A suivre...
Par Louise, Samedi 15 Septembre 2007 à 08:47 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






