Le coeur en cendres 17
En sortant de ce tribunal un pas de plus sera fait vers la fin de son histoire d'amour avec Michel. Durant un moment qui lui paraît long Florence attend, elle reste debout comme une condamnée qui attend son jugement. Son gilet jeté sur ses épaules, ses cheveux coupés très courts sans aucun maquillage malgré sa peur, elle est prête à se « confronter » à Michel. Il arrive habillé de la même façon que le jour de son départ, crâne et sourcils rasés, une écharpe orange enroulée autour de son cou en plus. De le voir comme ça si maigre, si différent, elle titube, elle reçoit comme un violent coup de poignard au creux de l'estomac, une émotion gigantesque la submerge, elle tremble.
Michel est juste à quelque pas d'elle, son regard est comme déchargé d'émotion, vide, ses lèvres paraissent plus fines qu'avant, sa chemise blanche baille malgré sa ceinture et ses chevilles sont d'une telle finesse, que Florence se demande comment elles peuvent encore le porter. Elle ne veut pas s'écrouler, elle ne peut rien faire de plus que de rester là sur place, tout lui revient en mémoire. Leur rencontre, leur mariage, leurs moments d'amour, la naissance des enfants, la joie de construire une maison ensemble et le bel homme qu'il était...
Elle sent qu'elle va s'évanouir, Michel si prés et en même temps si lointain. Il est accompagné de deux condisciples masculins en tout point semblables à lui. Ils ne bougent pas, ne parlent pas, n'échangent aucun regard entre eux. Le temps n'existe plus, ses oreilles bourdonnent, elle va tomber, tout tourne autour d'elle. Avec ses dernières forces elle prend son cartable et retire sa pochette de médicaments, puis elle casse deux cachets de lexomil, elle les met sous sa langue, lentement elle boit de l'eau. Elle pose doucement sa tête contre le mur, elle ferme les yeux, elle se voit dans un grand champ, elle est accompagnée de ses enfants qui courent, qui rient et qui lui ramassent des fleurs, c'était dimanche dernier à Champanges, il faisait un temps magnifique et ses enfants resplendissaient...
« Monsieur et madame Baud s'il vous plaît ? ».
C'est comme si Florence avait reçu une décharge électrique, contre toute attente, elle marche et elle se dirige ainsi que Michel dans le bureau de la greffière qui est à peine éclairé et qui sent un mélange de bois humide et de cire.
« Asseyez-vous, je vous prie. » Dicte Madame La Juge des affaires matrimoniales.
« Vous êtes ici pour une conciliation, n'est-ce pas ? Mais y a-t-il conciliation possible ? ».
Florence regarde Michel qui ne bouge pas, c'est complètement irréel.
« Non, Madame La Juge » dit-il.
« Non, quoi monsieur Baud ? Exprimez-vous, je vous en prie ? ».
« Il n'y a pas de conciliation possible, ma décision est prise Madame La Juge ».
« Et vous, madame Baud ? ».
« Il n'y a pas de concilation possible, Madame La Juge ». Articule péniblement Florence.
« Je vois, en ce qui concerne la procédure de divorce, vous avez choisi le consentement mutuel tout en prenant chacun de votre côté votre avocat, vous avez établi une convention commune au sujet de vos trois enfants Pauline, éline et Benjamin. C'est votre femme ici présente, monsieur Baud qui a la garde de vos enfants. Vous avez choisi de vous libérer de votre autorité parentale, mais vous vous devez de verser à vos trois enfants une pension alimentaire d'un montant, que vous avez convenu entre votre femme et vous de 150 euros par mois au total. Cette pension sera indexée sur le coût de la vie chaque année, vous vous en acquitterez jusqu'à que vos enfants soient en mesure de subvenir à leurs besoins, soit à la fin de leurs études et votre femme ici présente peut garder son nom d'épouse. Vous êtes toujours d'accord, monsieur Baud ? ».
« Oui ? Madame La Juge ». Dit Michel.
« Rien d'autres ? ». Demande Madame La Juge.
« Non, Madame La Juge ». Dit timidement Florence.
« Au revoir, monsieur et madame Baud ».
« Au revoir, Madame La Juge ». Dit Florence.
A suivre...
Par Louise, Dimanche 23 Septembre 2007 à 13:25 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






