Une rencontre si inattendue 1 (début)
C'est le cœur battant que Sylviane se rend à son travail, elle est secrétaire à l'office du tourisme de Thonon-Les-Bains depuis dix ans. Ce matin de peur d'arriver en retard, elle se met à courir, une mèche rebelle se promène sur son front légèrement luisant, ses joues sont un peu rosées et son souffle est vif, avec rapidité elle réajuste la sangle de son sac qui glisse le long de son épaule droite, et elle heurte quelque chose ou plutôt quelqu'un...
C'est un homme d'une vingtaine d'années environ, le regard de Sylviane instinctivement se pose dans le sien, elle est comme électrisée, comme retenue hors du temps, elle ne trouve alors que la force de bafouiller ces quelques mots.
« Excusez-moi, je me rends à mon travail ».
Sylviane se met à courir à nouveau comme pour échapper à une force étrange. Le jeune homme lui n'a pas eu le temps de dire un seul mot. Cette journée pour Sylviane est en principe comme toutes les autres en ce mois de juin, pourtant au fond d'elle-même, elle sait qu'elle vient de le croiser « lui ». Celui qu'elle espère rencontrer et que par conséquent ce jour du dix neuf juin mille neuf cent quatre vingt neuf est une date importante. Il était si prés, elle a senti son regard et son souffle tout proche, elle se sait imprégnée par cet inconnu...
Depuis plus de deux ans, elle vit seule avec son fils Antoine âgé de six ans, elle est divorcée de Philippe. Son ex-mari vit une nouvelle histoire d'amour avec une femme plus âgée que lui et déjà mère de deux jeunes filles. Au environ de dix heures elle s'autorise une pause, elle se laisse envahir par une sorte de langueur. Elle n'a pas seulement reçu un choc physique mais aussi un choc émotionnel intense. Sylviane se trouve confrontée à un choix, soit elle continue à vivre en s'oubliant, soit elle se donne la permission de reprendre une vie amoureuse. Une vague d'émotions nouvelles jaillit de son cœur, elle perçoit en elle une vitalité, un goût de vivre depuis longtemps disparu, une autre femme est sur le point de naître. En buvant un café bien chaud, elle laisse voguer son regard sur la place du marché et revoit les derniers mois qu'elle vient de traverser...
Un soir d'automne, bagages à la main comme pour un simple voyage d'affaires, Philippe est parti. Leur couple semblait pourtant harmonieux, ils avaient construit une petite maison tout en bois aux grandes baies vitrées dans le village d'Anthy. Ils s'étaient rencontrés au cours d'une soirée d'adieu, le père de Sylviane étant amis et collègues du père de Philippe. Tous avaient été invités à la salle polyvalente de Lugrin pour l'entrée en retraite du père de Sylviane. Ils s'étaient épris lentement, ce n'était pas précisément le coup de foudre mais comme une sorte de longue complicité. Ils venaient de la même région, la Haute-Savoie, Philippe vivait à Evian-Les-Bains et Sylviane à Lugrin. Ils avaient reçu la même éducation stricte, catholique, un peu bourgeoise. Ils avaient en discutant des amis communs. Ils s'étaient même demandés comme ils avaient fait pour ne pas s'être rencontrés plus tôt. Mois après mois, rendez-vous après rendez-vous, ils s'apprécièrent de plus en plus, sans toutefois oser faire un seul geste déplacé, de peur peut-être de casser cette belle harmonie. Puis un jour au coin du feu, prés de la cheminée de la salle à manger dans la maison des parents de Philippe, Sylviane reçut son tout premier baiser. Elle était une belle jeune fille mais si timide. Certes des garçons avaient bien tenté quelques approches, elles avait reçu des lettres d'amour, et même un jour un voisin nommé Gilles, lui avait déclaré sa flamme à haute voix derrière la porte de l'appartement, dans lequel elle vivait avec ses parents et son petit frère. Elle avait bien eu aussi en secret, un grand amour pour un élève de sa classe en sixième, un certain Eric mais tout cela avait été bien platonique.
Philippe avait étudié la cuisine à l'école hôtelière de Thonon-Les-Bains et elle avait passé un B.T.S. Assistante de Direction à Annecy. Puis après deux ans de fréquentation, ils avaient décidé de se marier. Qu'est-ce qu'elle était belle emmitouflée dans un grand manteau blanc cassé à capuchon, Philippe, lui aussi était resplendissant dans son costume blanc et semblait très à l'aise, que ce soit à la mairie ou à l'église. L'église de Lugrin était remplie de nombreux invités, toute la famille était présente, les amis aussi étaient là ainsi que quelques collègues à tous les deux. Sylviane se souvient qu'elle était très émue, que l'attention de tous lui faisait chaud au cœur, puis elle aimait tant Philippe. Elle avait choisi pour témoin sa meilleure amie de collège Christine. Son mari, lui, avait demandé à son petit frère Pierre. Ce fut vraiment une belle journée, pleine de joie et de promesses, la neige avec grâce s'était invitée dans leurs premiers pas de jeunes mariés. Ils vécurent les premières années heureux, mais tous les deux avaient des personnalités si proches, que ce qui semblait devoir les réunir pour toujours les fit progressivement se séparer. Ils étaient chacun à leur façon des éclopés de l'enfance, ils leur manquaient ce que seule une mère peut donner au cours de la petite enfance. Chacun cherchait en l'autre ce regard là, celui de la réparation de cette terrible déchirure...
A suivre...
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hauteclaire dit | Bonjour Louise, |
tu es sure que c'est une fiction? |






