Une rencontre si inattendue 2
De retour à son appartement au environ de dix huit heures trente, Sylviane comme à son habitude fait le ménage et prépare le repas pendant qu'Antoine joue dans sa chambre. Une fois celui-ci couché, elle s'accorde un temps bien à elle, et contrairement aux autres soirs, où elle ne s'attarde pas, elle s'examine dans le miroir placé au-dessus du lavabo. D'un geste lent, elle laisse tomber son peignoir, elle se découvre alors entièrement nue. Avec attention, elle regarde ses longs cheveux châtains et ses yeux verts noisette légèrement en amande, son nez un peu trop aquilin à son goût et sa bouche ourlée.
D'un geste rapide de la main, elle balaie la buée qui commence à poindre pour mieux se voir. C'est avec beaucoup de pudeur qu'elle passe du visage au corps. Elle inspecte ses épaules un peu larges, puis lentement elle scrute ses seins qui ne sont certes pas très gros, mais encore bien fermes, malgré ses trente deux ans et sa maternité. Son buste n'est plus celui d'une jeune fille, sa taille est un peu ronde et son ventre est légèrement marqué par quelques stries de vergetures, tout autour de son nombril, héritage de sa grossesse puis Sylviane s'attarde sur ses fesses, elle n'a pas de culotte de cheval, ses cuisses sont fermes et ses jambes sont joliment galbées. Elle n'est pas bien grande, environ un mètre soixante quatre, elle ne peut que constater qu'elle n'est pas ce que l'on appelle une beauté, mais elle est bien proportionnée, et ce qu'elle voit ne la contrarie pas trop. Toutefois, une question la taraude, est-elle encore capable de séduire un homme ? Tout en regardant ses mains aux longs doigts fins, elle tombe sur son annulaire gauche, porteur de l'alliance de son mariage d'avec Philippe. Comme un signe au destin, elle la retire et la range dans une petite boîte à bijoux sur l'étagère à côté de la baignoire. Son cœur marque une pause, par ce geste, elle se signifie la fin de son amour, elle en fait le deuil, elle dit au revoir à Philippe. Depuis son divorce, elle se savait seule, mais c'est uniquement à partir de cet instant qu'elle se sent libre. Une flasque d'eau atteint ses pieds, le bain est plus que prêt.
Trois semaines ont passé depuis la rencontre avec l'inconnu. Sylviane ne cesse de penser à lui, un peu comme une toute jeune fille qui rêve à son prince charmant. Parfois la nuit son sommeil est maintenant troublé par des rêves d'une femme amoureuse, ses sens endormis se réveillent lentement. Pour se sentir encore plus féminine, elle s'est fait couper les cheveux et s'est accordée quelques reflets. Le soleil du mois de juillet, joue lui aussi les complices, ses joues sont hâlées ainsi que tout son corps, malgré sa base claire, car depuis plusieurs jours Sylviane suit des cours de natation à la piscine de Thonon-Les-Bains. Elle se sent beaucoup mieux, elle ne prend plus les anti-dépresseurs que lui avait prescrit son médecin le docteur Chapais. Avec Antoine, elle fait de longues ballades à vélo où à pied, elle ressent le besoin de prendre le temps de vivre, d'être en harmonie avec son fils. D'ailleurs Antoine lui paraît plus calme et plus souriant, il retrouve un regard d'enfant, ils regagnent enfin leur complicité, qui a été bien malmenée durant ces deux dernières années. Sylviane sort aussi avec ses amis Agnès et Yves, un couple qui lui est resté fidèle et également avec une de ses collègues, Annie. Ensemble, ils aiment à se rendre à la Grange au Lac à Evian-Les-Bains pour écouter des concerts, ou tout simplement pour déguster une bonne glace au bord du lac Léman. Sylviane voue une véritable passion à la littérature et à la musique classique. Sa nouvelle vie lui convient, en secret, elle remercie cet inconnu qui lui a procuré le choc nécessaire pour sortir de sa douleur et qui lui permet de reprendre petit à petit goût à la vie.
En ce vendredi soir d'octobre, Sylviane se rend à la Maison des Arts et Loisirs de Thonon-Les-Bains, pour assister à un spectacle de Raymond Devos. Ce n'était pas prévu, ce devait être sa collègue, Annie qui devait sortir ce soir, mais elle a une forte fièvre. Antoine est à la garde de ses grands-parents Paulette et Henri dans la grande maison de Lugrin.
« Mesdames et Messieurs, à vos places, le spectacle de monsieur Raymond Devos va commencer ».
Une foule compacte s'engage, Sylviane se rend à l'entrée et tend son billet, fauteuil C15. Ce soir, elle est particulièrement ravissante, habillée de sa longue robe noire et de son châle en soie couleur rose ivoire. Son léger maquillage met en valeur ses yeux, elle est détendue et ne pense qu'au futur spectacle. Il n'y a personne à son côté droit, mais peu lui importe. Lorsque tout d'un coup, elle entend une voix très sympathique et viril lui demander.
« Madame cette place est-elle libre ? C'est le fauteuil C14 ».
« Oui, c'est exact puisque j'ai le fauteuil C15 ».
C'est à cette seconde, précisément qu'elle réalise que c'est lui, l'inconnu, son inconnu. Son cœur cogne si fort qu'il lui fait presque mal, ses mains deviennent moites, son teint pâlit, elle ne se sent vraiment pas bien. Elle voudrait disparaître dans son siège ou bien au contraire hurler « Il est là ». L'inconnu s'installe tranquillement, il enlève sa veste de Jean noire, pose son sac en toile à ses pieds. Sylviane ne sait plus où elle est. Le spectacle reprend tous ses droits, les lumières s'éteignent et le rideau se lève. Raymond Devos fait son apparition avec son pianiste.
« Mesdames et messieurs, je dois vous dire tout d'abord que je me suis fait tout seul et que je me suis raté ».
Sylviane malgré son trouble est portée par la verve de l'artiste, pour elle c'est le plus grand clown des mots.
A suivre...
Par Louise, Mardi 25 Septembre 2007 à 17:32 GMT+2 dans Amour (article, RSS)






