Une rencontre si inattendue 5
En ce quatorze juillet, les quais d'Evian-Les-Bains brillent sous les feux d'artifices, des familles entières sont venues des environs et d'un pays tout proche, la Suisse. D'autres, manifestement viennent de beaucoup plus loin, des indiennes déambulent dans leurs saris de soie aux couleurs multicolores, des hommes, leurs époux sans doute les accompagnent habillés de fines chemises en coton d'un blanc immaculé, des africaines portent leurs enfants dans le dos. Tout cela forme un tableau enchanteur, la nature en cette douce soirée enveloppe les êtres de sa bienveillance, et les bateaux ne voulant pas être en reste se sont parés de mille atours, mêlant guirlandes, lampions et drapeaux, des airs de musique caressent les oreilles, des odeurs de gaufres enivrent les palais, tout prête au bonheur.
Sylviane est assise sur un banc face au lac Léman avec toute sa famille, son père, sa mère et son fils Antoine dont c'est son dernier jour de vacances auprès d'elle. Il doit se rendre durant un mois chez son père à Annecy. Sylviane savoure ce moment, Henri a le teint moins cyanosé et il peut à nouveau marcher. Paulette est visiblement heureuse, elle tient avec tendresse la main de son mari et de son petit-fils qui a posé sa tête contre ses seins. Sylviane se revoit plus jeune, à l'âge de son fils. Jamais Paulette n'avait eu de telles attentions pour elle, elle en avait beaucoup souffert. Ses parents ont toujours su communiquer avec des regards complices, des mots doux, certes elles se souvient de quelques disputes, mais celles-ci ne duraient jamais bien longtemps. Sylviane est en admiration devant la longévité de leur couple, elle en est heureuse et en même temps extrêmement troublée. La cicatrice du divorce est encore terriblement présente, de voir ainsi ses parents et toutes ces familles si bien ensemble l'attriste tout à coup profondément. C'est comme un torrent de larmes qui déborde sous l'effet d'une tempête, son cœur est déchiré de ne pas avoir su aimer comme ça, et puis plus jamais Antoine ne verra ses parents ainsi. Sylviane se lève d'un seul coup et court vers un marchand de glaces.
« Quatre glaces s'il vous plaît, monsieur ».
« Quel parfum ? ».
« Trois cônes au café et un pousse-pousse citron ».
« Eh ! Bien ma petite dame, il ne faut pas pleurer, c'est le quatorze juillet, c'est la fête ! ».
Sylviane renifle, les mains pleines, elle ne peut pas prendre de mouchoirs dans son sac, elle marche le plus doucement possible, pour que personne de son entourage ne se rendre compte de ses larmes.
« Comme c'est gentil, merci ». Dit Paulette.
« Tiens papa, c'est parce que c'est le quatorze juillet ».
« Ca va ma fille ? ». Demande Henri visiblement inquiet ».
Les vacances se sont bien passées, évidement, il n'était pas question de quitter la région même pour deux ou trois jours. Sylviane n'en a pas les moyens financiers, puis il y a la santé précaire de son père et les rendez-vous avec Marc. Leur amitié grandit, elle découvre sa gentillesse, son intelligence, son humanité, ils échangent leurs points de vue sur la vie avec un grand naturel. Ils ont d'abord parlé théâtre, de leurs goûts communs pour Raymond Devos et de bien d'autres acteurs. Ensuite au grès de leurs soirées, la conversation dévia sur la beauté de la région, sur les ballades en montagne, au bord du lac Léman. Elle constata avec plaisir que Marc était un féru de sorties pédestres comme elle. Sylviane aime crapahuter dans la montagne et découvrir la faune et la flore. Marc suit à Grenoble des cours d'ornithologie en plus de ses cours de littérature française. Elle apprend beaucoup avec lui, il parle également de leurs appétences communes pour la lecture. Ils ont le plaisir de constater que leurs idées philosophiques de la vie sont proches. Elle se redécouvre jeune, intriguée, vivante. Leurs échanges restent cependant sans aucune ambiguïté, pourtant sous certains regards de Marc, elle panique un peu, mais elle se contraint à ne rien laisser paraître. Elle se dit qu'elle n'a pas le droit de briser cette entente si exceptionnelle, elle ne se le permettrait pas, et puis il y a la différence d'âge, onze ans les séparent. Marc n'a pas encore terminé ses études, et elle est divorcée avec un enfant. Elle se doit de ne pas perdre la tête, elle ne peut que rêver à cet amour impossible, elle a déjà tellement plus que ce qu'elle n'aurait jamais osé espérer...
A suivre...
Par Louise, Vendredi 28 Septembre 2007 à 17:26 GMT+2 dans Amour (article, RSS)








