Une rencontre si inattendue 6
Sylviane a repris son travail depuis une semaine, sa période de congé ne pouvant excéder quinze jours. Les mois d'été et d'hiver sont des mois très chargés, qu'elle aime particulièrement car durant ces périodes, elle fait beaucoup de rencontres avec des gens de tous les horizons, et parfois très étonnants. Elle affectionne le contact avec les étrangers, Sylviane parle couramment l'anglais et un peu d'italien et d'espagnol. Depuis son départ Antoine lui a déjà envoyé trois cartes postales, il se porte bien mais à chaque fois qu'elle tient entre ses mains les mots d'amour de son fils, elle tombe en larmes, comme il lui manque ! Son enfant, quelque part lui appartient en entier, et c'est uniquement par amour pour lui, et par tendresse envers son ex-mari que les échanges se passent bien.
Elle sait qu'Antoine a besoin de ses deux parents, elle ne peut lui apporter que sa part de féminité, elle ne peut pas le priver de la présence de son père, mais elle souffre de savoir que c'est Marie-Claire qui le douche, lui fait à manger, ou lui raconte une histoire le soir au lit. Quelque part la douleur est encore trop vive pour accepter le partage de son fils. Antoine, par retenue ne parle pas de ce qui se passe chez son père. Au début Sylviane lui posait des questions, maintenant elle respecte son choix, tout en lui disant bien qu'elle est prête à l'écouter. Elle devine que son fils pâtit de la situation, et que la blessure n'est pas prête de se cicatriser. Sylviane connaît bien, elle aussi les souffrances de l'enfance. Elle a toujours pensé que Simon était le préféré de sa mère, il recevait toujours plus d'attentions, de baisers. Leurs histoires furent différentes dès leur naissance, Sylviane est née par césarienne, après de longues heures de souffrances. Son petit frère, lui, est arrivé quasiment en cinq minutes, sans aucune difficulté. Le regard de la mère et du fils s'entrecroisèrent dans les toutes premières secondes, alors que Sylviane attendit deux jours avant de rencontrer sa mère. Paulette a eu beaucoup de mal à réaliser que cette petite fille était vraiment la sienne. Paulette avait des circonstances atténuantes, elle mit presque un mois pour se remettre physiquement de l'épreuve de l'accouchement, et sa propre mère, Germaine ne lui avait accordée que peu d'attentions durant sa petite enfance. Elle était la quatrième fille de la famille, et il n'y avait aucun garçon. C'est après la naissance d'Antoine que Paulette et Sylviane connurent une rupture de deux ans qui les laissèrent toutes les deux aussi tristes l'une que l'autre. Tout avait refait surface avec force, les ressentiments, le chagrin, Sylviane connut un vrai passage à vide. C'est grâce à la persuasion, à la patience de son père ainsi qu'à leur désir commun de se laisser une chance de s'aimer, que toutes les deux accomplir l'effort de se parler, de se pardonner. Simon, à contrario pris en quelque sorte la fuite, il se sentait sûrement trop protégé, trop couvé. Dès sa majorité, il partit continuer ses études de commerce aux Etats-Unis où il y rencontra sa femme. Paulette eut du mal à accepter sa décision. Son départ et son installation lui firent cependant comprendre beaucoup de choses.
Marc a repris ses études à Grenoble pour préparer son avenir, il veut vraiment devenir professeur de lettres. C'est une vocation pour lui, beaucoup plus qu'une profession, il se sent l'énergie nécessaire pour transmettre ses connaissances à de jeunes élèves, il apprécie le monde de l'enseignement et après avoir effectué quelques stages, il sait que c'est sa voie. Il vit pour l'instant dans un petit appartement rue Alexandre Flandrin et pour des raisons purement économiques, il ne rentre qu'une fois tous les trois mois chez ses parents. Sylviane se perd souvent en pensées, leurs rencontres de l'été restent un souvenir merveilleux, elle se surprend à espérer que l'année universitaire passe vite pour qu'il puisse se revoir régulièrement. Il y a bien les coups de téléphone mais sa présence lui manque, et puis la dernière fois qu'ils se sont parlés, elle a cru comprendre que, non, elle ne peut espérer...
Sylviane en ce vingt trois décembre dix neuf cent quatre vingt dix est heureuse, aujourd'hui elle a congé pour plusieurs jours. Elle a pu prendre des vacances, ce qui n'est pas toujours le cas, elle sera avec Antoine, elle en a la garde une année sur deux. C'est le tout premier Noël de son fils dans ce nouvel appartement, aussi elle veut que tout soit beau, elle a décoré toute sa maison qui brille de tous ses feux. Antoine a un très bon carnet de notes, il se porte bien, il a terriblement grandi, il s'est fait de nouveaux amis, il pratique l'escrime à la maison des jeunes de Thonon-Les-Bains. Henri est beaucoup mieux, ses derniers examens sont bons, ses parents reviennent d'ailleurs d'un petit voyage en Normandie, chose inenvisageable quelques mois auparavant, Paulette a rajeuni. Une fois le repas préparé, elle descend prendre le courrier, le facteur passe toujours au environ de midi, elle découvre trois enveloppes. Une de sa banque la Caisse d'Epargne, sûrement son relevé de comptes, elle reconnaît l'écriture de son Directeur d'Agence mais surtout elle remarque un pli bleu au papier très soyeux, estampillé d'un timbre un peu spécial avec un magnifique éléphant bleu. Elle se demande qui cela peut-il être ? C'est certainement quelqu'un qui sait qu'elle affectionne les éléphants et peu de personnes sont au courant. Ce n'est pas l'écriture de ses parents, ni de son frère, ni d'Agnès ou Gilles, ni d'Annie, Marc, c'est Marc ! Son cœur s'emballe, elle ne peut rien y faire, elle presse l'enveloppe contre elle. Avec jubilation, elle remonte les marches, elle pose avec rapidité les deux autres lettres sur la table de l'entrée, elle se jette sur son lit avec la lettre de Marc contre son cœur, la tête à la renverse, ses yeux scintillant comme des étoiles. Ses doigts n'osent l'ouvrir, il a pensé à lui écrire, lui, le professeur de lettres, jamais encore il n'avait osé, ni lui, ni elle, comme si la parole était moins intime que les mots. Allongée sur son lit, elle ouvre avec une grande délicatesse l'enveloppe et en retire la lettre de ses doigts tremblants, sa vue est trouble, les premiers mots de Marc...
A suivre...
Par Louise, Mardi 2 Octobre 2007 à 18:38 GMT+2 dans Amour (article, RSS)






