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Une rencontre si inattendue 14

       Depuis plus de deux mois Sylviane n'a pas revu ses parents à la suite d'une terrible dispute, Paulette a été jusqu'à lui dire « Tu tues ton père avec ton histoire ». Elle ne fait que pleurer, son corps se lâche, lui crie son désespoir, toutes les peines accumulées explosent d'une façon encore plus forte que lors de son premier passage à vide.  Les réactions et les mots de ses parents l'ont fait plonger. Elle n'a eu aucune réponse à ses messages téléphoniques, ni à ses lettres. Antoine est très attristé de voir sa maman si déprimée et aussi de ne plus aller à Lugrin. Ils ont été clairs, ils ne veulent plus les recevoir, ni l'un, ni l'autre, heureusement que les parents de Philippe sont toujours présents.

      « Marc, je ne sais vraiment plus quoi faire, j'ai tout essayé la douceur, la colère, les lettres, les coups de fils, je n'en peux plus. Papa est hospitalisé, je suis si inquiète, j'ai si mal au fond de moi, il me rejette totalement, je ne m'attendais pas à un tel déferlement de violence. Ils veulent que je te quitte et que tout reprenne son cours, si je choisis de vivre avec toi, je ne les vois plus, même Antoine. Mon Dieu pourquoi Antoine ? Pour me faire encore plus de mal ». 

       « Sylviane, tes parents font tout cela pour nous séparer, c'est évident, peut-être ont-ils peur de la réaction de leurs amis, de leurs voisins par rapport à notre relation ? Ou bien ils te veulent pour eux, ils ont déjà le sentiment d'avoir perdu ton frère, ils ne veulent pas te perdre toi aussi, mais c'est du chantage, que du chantage à l'affectif. Je comprends ta peine, ton dilemme mais je ne veux pas te perdre moi non plus, tu comprends Sylviane, bon sang, je t'aime, ne les laisse pas nous séparer ».     

       « Annie, Annie ? ».

       « Je t'écoute, c'est encore tes parents qui te font pleurer ? ».

       « Oui, je n'en peux plus, je ne dors plus, j'en ai marre.».

       « Tu sais au tout début de ton histoire j'étais dubitative, tu n'as jamais su mais au bureau entre nous on a parlé et bien les avis étaient partagés. Claudine pensait que tu avais beaucoup de chance de rencontrer à nouveau l'amour, tu sais qu'elle est seule depuis cinq ans et Sophie n'y croyait pas trop. Elle se faisait du souci pour toi, Mathilde disait que c'était presque contre nature, un homme âgé avec une femme jeune, d'accord mais pas l'inverse. A l'heure d'aujourd'hui, vu que j'ai eu le plaisir de le rencontrer et de lui parler plusieurs fois à ton Marc, je te dis de bien le garder. Oui, tu m'entends, garde-le, des gars comme lui ça ne court pas les rues, crois-moi, pense à Roger. Il est patient avec toi puis il aime Antoine, il fait tout dans la maison, t'en connais beaucoup des gars comme ça, toi ? En plus vous vous entendez bien au lit, quoi de mieux ? Allez ma grande, tes parents, ils te font la tête, c'est tout, de toutes les façons tu n'es plus leur fifille ».

Sylviane en ce long week-end de Toussaint se repose chez les parents de Marc, Gina et André, ils forment un couple solide et toujours amoureux malgré leurs trente cinq ans de mariage et tous les épreuves traversées. Ils ont perdu deux enfants, un en bas âge de la mort subite du nourrisson, un garçon nommé Clément et Elisabeth lors de son accident de voiture. Ils savent aller à l'essentiel. Ils sont devenus complices, ils partent ensemble se balader, ramasser des champignons ou faire le jardin. André comprit, lui aussi à sa façon certes moins démonstrative se prit d'affection pour Sylviane et pour Antoine.

       « Excusez-moi, seriez-vous à quelle heure termine Marc Caroit s'il vous plaît ? ».

       « Marc, il a cours jusqu'à quinze heures vingt, c'est pourquoi et de la part de qui ? ».

       « De Sylviane ».

       « Attendez le ici, il passe toujours par là pour se rendre chez lui ».

Sylviane regarde autour d'elle, c'est la première fois qu'elle se rend dans le lycée de Marc, il travaille à Ferney-Voltaire au lycée Lamartine jamais auparavant elle n'aurait osé mais aujourd'hui c'est exceptionnel, elle ne peut pas attendre, elle doit le lui dire.

       « Sylviane, qu'est-ce que tu fais ici ? ».

       « Je voulais te voir, s'il te plaît j'ai vraiment besoin de te parler ».

       « A demain Marc ». Lui lance la jeune fille de l'accueil.

Sylviane ressent comme une boule dans la gorge, elle ne sait comment lui dire ce qu'elle a sur le cœur. Depuis un mois déjà ils vivent séparément.

Dans le café en face du lycée Marc et Sylviane se tiennent à distance l'un de l'autre.

       « Vous désirez ? » Demande un serveur.

       « Deux chocolats ». Répond Marc.

Durant un moment qui paraît interminable à Sylviane, c'est le silence total, juste les bruits du café, des paroles de clients et un peu de musique  en fond.

        « Voilà ».

        « Merci bien ». Dit Marc.

Et à nouveau le silence s'installe.

       « Marc je dois te parler, j'avais si peur, tu comprends, j'étais ailleurs dans la douleur, je ne savais pas ce que je te disais, j'ai été dure avec toi, je m'en veux, j'ai si mal, je donnerai n'importe quoi pour n'avoir jamais dit que je voulais qu'on se sépare. Tout me tombait dessus, le décès de mon père, tu peux comprendre ça, j'ai eu si mal lorsque maman n'a pas voulu de moi à'hôpital, j'ai perdu la tête, j'étais paumée, assommée. Mon père pour moi c'était tout et Antoine, la douleur d'Antoine, heureusement que l'on a pu aller à l'enterrement, mais tu aurais vu les regards de ma mère, de mes oncles et tantes et même de mon frère. J'ai traversé des jours horribles, Antoine aussi. Marc durant tout ce temps j'ai compris que je ne pouvais vivre sans toi, j'ai cru mourir, mon amour tu m'as tant manqué, je veux que l'on vive ensemble, ne plus jamais te quitter, Marc dis-moi quelque chose, parle moi ».

Les yeux de Marc sont plein de larmes, il ne peut rien dire, son regard trahit son amour surtout toutes les douleurs endurées, grâce à un immense effort et d'une voix enrouée, il répond à Sylviane.

      « Enfin, j'ai tellement attendu ce moment, cette séparation je l'ai vécu comme un enfer, plus jamais, tu m'entends, rien ne doit nous séparer, je t'aime, je veux te voir chaque matin au réveil, te prendre dans mes bras jour et nuit, il est temps, deviens ma femme, Sylviane épouse-moi, épouse-moi et tu feras de moi l'homme le plus heureux de la terre ».

A suivre...

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