le manteau de l'oubli (3)
Deux mois plus tard.
« Voyez ce que j'amène spécialement pour vous le dernier modèle tout terrain, allez pas de chichi entre nous, je me présente Alexandre, Alex pour vous, nous allons devenir des amis, nous allons faire votre premier petit tour ».
Qu'est-ce qu'il me veut celui-là, si il croit que je vais pouvoir m'asseoir là-dedans, il rêve. Ils sont tous après moi, les infirmières, les kinés, les orthophonistes, les ergothérapeutes, c'est un salon que je tiens. Je n'ai pas encore eu le temps de savoir qui je suis. Si, je sais que je suis mariée à Frédéric depuis quatre ans et que nous avons un fils de quinze mois, Baptiste, que je suis pompier à la caserne d'Annemasse depuis plus de six ans.
J'ai vu ses parents, la maman de Frédéric s'appelle Christiane et son papa se nomme Pierre. J'ai vu passer mes deux petits frères, Jacques et Florent, je suis l'aînée et mes parents, ils sont où ? Pourquoi ils ne viennent pas me voir ? Chaque fois que je pose la question, tout le monde l'élucide, pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils me cachent tous ? ».
« Marielle tu peux venir m'aider, vous allez voir à nous deux on va y arriver, prête ? ».
Prête à quoi, je ne fais que de poiroter, ou de souffrir, je me peux même hurler que j'en ai marre de cette situation. Rester au lit des heures, être « torturée » dans tous les sens pour les soins. C'est pratique pour eux, je suis une momie avec mon attelle autour du bras, ma minerve autour du cou, mes pansements sur le crâne, et ma jambe allongée et plâtrée. Et, comme si cela ne suffisait, cerise sur le gâteau, je ne peux toujours pas parler.
L'orthophoniste vient plusieurs fois par semaine, elle me fait souffler comme une gamine pour que je fasse de jolies bulles, tu parles, elle me « caresse » le menton pour que je sente mes vibrations, elle ne fait tirer ma langue et ouvrir en grand la bouche, puis en cul de poule comme elle dit. Et l'ergothérapeute, il me fait mettre d'une seule main évidemment, la droite, des cercles, des triangles, des cubes en bois, en mousse, il me demande de les mettre suivant la forme et les couleurs, je ne suis pas débile. J'ai juste perdu la parole et la mémoire. Ce qui m'énerve le plus, c'est cette façon qu'ils ont presque tous de me causer comme à une enfant, je les entends et je les comprends, je suis une accidentée de la route et une traumatisée crânienne, pas un bébé.
« Nathalie, aujourd'hui, je vais te faire une belle surprise, le professeur Meyer m'a dit ce que je pouvais amener notre fils, c'est exceptionnel, il est derrière la porte, il est impatient de voir sa maman ».
Mon fils, Baptiste à part les photographies, je me souviens plus de lui et comment il va réagir en me voyant ? Et moi, je ne sais pas ce qu'est être une maman, sa maman.
« Maman, tu peux entrer avec Baptiste, viens ! ».
« Bonjour Nathalie, regarde un peu avec qui je suis, c'est ton fils ».
Mon fils, ce petit ange blond tout bouclés avec des yeux si bleus, il est déjà si grand, ce n'est plus un bébé mais un vrai petit garçon, ce qu'il est beau.
«Tu sais, Nathalie, il te ressemble de plus en plus, je me disais quand il était tout nourrisson que c'était tout Frédéric mais plus il grandit, plus il prend tes regards, tes mimiques ».
Nathalie écrit sur son ardoise, il est beau et elle pleure.
A suivre...
Par Louise, Dimanche 14 Octobre 2007 à 11:19 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






