Le manteau de l'oubli (5)
« J'ai pris un jour de congé pour m'occuper de toi et de Baptiste. Je te fais visiter. Viens, il y a la cuisine, elle est équipée comme tu peux le voir. C'est toi qui a choisi le double évier en grès, la cuisinière au gaz avec four électrique, le réfrigérateur avec congélateur et le lave-vaisselle. Tu aimes le mélange du bois et de l'aluminium, de l'ancien et du contemporain. Tout est à ta disposition, placards tournants pour mettre les courses, tiroirs qui se rétractent. Là, c'est la salle à manger et le salon, on a pas voulu de cloisons pour que la lumière permettre mieux dans toute la pièce. Tu aimes cette table et ce canapé, nous sommes allés les acheter le jour où nous avons appris que tu attendais Baptiste.
Regarde juste au-dessus du meuble de télévision, il y a une photographie de notre mariage et un peu plus loin, une photographie de Baptiste à la naissance. La salle de bain, baignoire et douche avec des carreaux incrustés de fleurs orientales, tu voulais donner un air un peu asiatique, c'est pourquoi il y a un parterre en bois marron foncé. La statue de Bouddha qui trône sur l'étagère est un cadeau que tu m'as fait lors de notre voyage de noces en indonésie. Juste à côté, il y notre chambre, et un peu plus loin le long du couloir, la chambre de Baptiste et la chambre pour un autre enfant. Il dort encore, la couverture avec les petits lapins et les petits nounours, elle était à toi quand tu étais petite. Tu es toute pâle, je vais te faire un bon petit déjeuner, du café comme tu aimes ».
« Coucou, c'est Charline la voisine, je peux rentrer ? ».
« Oui, rentre seulement ».
« Bonjour, je suis si heureuse de te revoir chez toi, tu nous as fait peur ».
« Tu peux me dire depuis quand on est voisine ? ».
« Depuis deux ans, Martin et moi ont a acheté la maison juste à côté de la vôtre, c'était celle des Boisseaux, j'ai deux enfants Patrice et Laetitia, ils ont deux et trois ans. Je te garde Baptiste, je suis sa nounours, tu ne te souviens de rien ? ».
« Non, de rien, je suis désolée, vraiment désolée... ».
« Ce n'est pas grave, ça reviendra, tu verras, je vous laisse, je suis passée juste pour vous dire que ce si vous avez besoin de quoique ce soit, je suis là ».
« Merci, à bientôt » dit Frédéric.
Nathalie est toute triste, elle a du mal à prendre son petit déjeuner, elle se sent terriblement lasse et en même elle s'énerve terriblement contre elle-même. Pourquoi rien ne lui dit quoique ce soit ? Elle ne se reconnaît pas sur la photographie de ses noces, elle est « chez elle » et c'est comme si elle était chez une inconnue. Quand est-ce que ce cauchemar se terminera et est-ce qu'il finira un jour ?
Une semaine plus tard.
« Frédéric, tu peux me dire ce que tu sais sur mon accident ? ».
« Tu veux savoir quoi ? ».
« Tout ? ».
« Je vais essayer de le décrire le mieux possible, mais ça va être difficile pour toi comme pour moi. Tu es certaine de le vouloir ? Prends ce paquet de mouchoirs, ma chérie, tu vas pleurer, je ne sais pas si c'est une bonne idée ».
« Je sais, je sais, mais je veux savoir, j'ai besoin de savoir ! ».
Il y a plus d'un mois que Nathalie est rentrée à la maison, elle sait qu'elle est pompier depuis plus de six ans, qu'elle est mariée à Frédéric, qu'il est dessinateur industriel à l'usine « Frachon » depuis huit ans et qu'elle a un fils Baptiste de dix sept mois. Les parents de Frédéric Christiane et Pierre sont très attentifs, ses deux frères, eux sont beaucoup plus distants. Elle ne comprend pas pourquoi. Ses parents sont morts. Chaque fois qu'elle pose des questions sur eux, elle sent comme de la gêne, on lui dit « Parlons d'autre chose ». Elle voudrait se rendre au cimetière et tout savoir d'eux. Ils pensent tous qu'elle est encore fragile, mais elle veut s'y rendre, elle en a vraiment besoin et elle veut aussi rencontrer ses collègues.
Elle ne se souvient d'aucun d'entre eux, tout s'embrouille dans sa tête mais elle cherche. Elle veut retrouver sa mémoire, son passé. Elle est plus solide qu'ils le croient. Nathalie en a assez d'être prise pour une malade. Elle boîte encore mais elle marche, elle ne peut pas encore tout faire avec son bras mais elle se débrouille seule pour tout, sa nuque est beaucoup moins douloureuse. Son dernier I.R.M. montre qu'elle a bien récupéré de sa commotion cérébrale, alors pourquoi elle n'a toujours pas de souvenirs ou si peu... L'odeur du café lui revient, la nuit elle se réveille en sueur, elle entend comme un cri mais elle ne comprend pas d'où il vient. Pourquoi ? Bon sens ! Pourquoi ? Elle a beau y penser tout le temps, elle ne ressent qu'un grand vide effrayant...
A suivre...
Par Louise, Mercredi 17 Octobre 2007 à 17:33 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






