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Accueil> Histoire d'une vie > Le manteau de l'oubli (9)
Louise

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Ce blog est une invitation sur le chemin des nouvelles, des contes, et de la poésie. Si un regard peut créer l'univers les mots peuvent le transcender. Il y a aussi des collages, de la sculpture, des pensées. Avec toutes mes amitiés. Louise (tous les textes sont protégés par copyright)

Le manteau de l'oubli (9)

Dimanche 21 Octobre 2007, 20:07 GMT+2Par LouiseCet article a été lu 0 fois

       « Vous croyez docteur qu'elle va pouvoir bientôt parler ? C'est comme si tu les progrès de ces derniers mois étaient anéantis ? ».

       « Je l'espère, il lui faut du temps et du repos, elle a reçu un très grand choc, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir mais le plus gros du travail vient d'elle, les chemins du cerveau sont complexes ».         

     « Alors, madame Texier comment ça va aujourd'hui ? Vous avez vu ce beau soleil ? ».

L'infirmière à chaque fois qu'elle rentre dans sa chambre parle pour établir un contact éventuel.

       « Ai, ai, aidez-moi, aidez-moi ! ».

        Nathalie se lève d'un bond et se dresse droite comme un i, les bras tendus en avant et hurle.

       Sa mémoire était anesthésiée, le choc subit l'ayant trop atteinte, par protection, pour survivre, elle l'avait enterrée au plus profond d'elle-même. Son être entier est torturé, c'est l'inimaginable qui s'offre à elle. Sa vie ne sera plus jamais comme avant sa découverte. Elle va devoir poursuivre son chemin accompagnée de cette profonde douleur... 

      De retour dans le cabinet du docteur Barrieux, en cette mi-février, elle va appréhender avec lui les douloureux sentiers de l'apprentissage d'exister en ayant connaissance de ce passage de son existence. C'est toute sa vie qui est en jeux, son amour avec Frédéric, sa fonction de mère, ses amis, son métier et la force à retrouver pour poursuivre.

       « Nathalie nous avons le temps, rien ne presse, maintenant il y a un long chemin qui s'ouvre devant vous, je vous le redis. Ce ne sera pas aisé loin de là, vous pourrez même avoir la tentation de tout arrêter, tant le travail sur vous-même sera pénible. Libre à vous d'avancer, de reculer. C'est vous qui marcherez sur le chemin de votre reconstruction. Je serai auprès de vous, toujours même si je ne peux pas l'être physiquement constamment. Vous savez que je vous suis pas à pas. C'est ensemble que nous allons progresser, vous  risquez à certains moments de m'en vouloir, de vous en vouloir, tout cela sera normal et quant bien même certaines de vos réactions ne vous paraîtraient pas normales, rien de ce que vous me direz ou ne ferez ne sera pour moi anormales ou inappropriées, vous me comprenez. C'est ensemble que nous irons sur la route de votre guérison ».

       « J'étais une petite fille sage, j'aimais rester dans mon coin avec des livres, tout ce qui me tombait sous la main, je le dévorais. Je n'étais pourtant pas solitaire, j'appréciais quelques amies qui tout comme moi ressentaient du plaisir à se rendre en classe, à étudier, à jouer dans la cour ou à rêver. Nous nous inventions plein d'histoires avec nos poupées, nous nous faisions des cabanes avec des branches d'arbres, des feuilles ou des bouts de draps. J'étais une de ces enfants qui s'élève facilement, je vivais dans une famille unie, papa et maman s'aimaient. Mes deux petits frères me protégeaient, ils étaient très gentille avec moi, nous nous promenions souvent avec notre chienne Tara. Maman ne travaillait pas à l'extérieur, elle tenait la maison et nous élevait. Nous avions la chance d'avoir une maman disponible, elle était toujours à nos petits soins jusqu'à ce que papa décède d'un cancer généralisé, après plus rien ne fut pareil ». 

Elle s'arrête un long moment, le psychiatre ne dit rien.

     Nathalie se met à pleurer, des larmes coulent sur ses joues, ses mains tremblent, ses jambes aussi.

      « Pour aujourd'hui, nous n'irons pas plus loin, je vois bien que vous êtes encore trop fragile ».

Nathalie avec beaucoup de déterminisme continue sa vie, elle s'occupe de son fils, de son mari. Tous les jours, elle lutte comme ses souvenirs qui l'assaillent, contre cette si terrifiante douleur. Un câble au fond-elle est cassé, elle bouge comme tout le monde, elle marche, elle parle, mais en réalité elle est brisée...

     Sa douleur empire. Elle ne voit même plus le présent, elle joue toujours le jeu de la vie, elle fait croire aux autres qu'elle a la force de continuer, mais elle sait bien qu'elle est sur un fil, peut-être plus près de la mort que de la vie. Tout en elle est colère, tristesse, peurs. Elle si douce, ne supporte plus rien, tout l'énerve, tout l'agresse, tout la terrifie, et pourquoi le fait de parler, de trouver les mots la délivrerait de cette épaisse douleur ? Pourquoi faut-il qu'elle vive cet enfer ? Elle n'en peut plus de faire croire, elle n'en peut plus tout court. Elle se rend à la gare d'Annemasse, elle est près des voies, des trains la frôlent et si, si elle osait, tout serait fini pour toujours, elle aurait enfin le repos, la paix, est-ce du courage ou de la lâcheté ? Se laisser happer par le vide, par l'oubli pour toujours....

A suivre...

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MCM dit

Je viens de lire les 3 derniers articles, pour l'instant il n'y a pas d'amélioration pour elle, j'espère qu'elle va pas faire une bêtise. Attendons la suite...

Dimanche 21 Octobre 2007, 21:28 GMT+2 | Retour au début

Je viens de terminer la lecture de ces trois derniers chapîtres, et je dois dire que je n'ai pas repris respiration. De plus, je croyais avoir la "solution" et je vois que je m'étais trompée! Emotion et suspense, le bon mélange.
Passez un bon début de semaine
Amitiés

Lundi 22 Octobre 2007, 08:17 GMT+2 | Retour au début

hum
douloureux Louise. trés dur à lire, ça change...

Lundi 22 Octobre 2007, 14:11 GMT+2 | Retour au début