Opus I (début) Le vieux qui lisait des romans d'amour
Mercredi 24 Octobre 2007, 19:45 GMT+2Par LouiseCet article a été lu 0 fois
Par un après-midi enchanteur, je me mis à marcher à pas lent comme pour retenir le temps, comme pour ne pas déranger par le bruit de mes pas la quiétude de l'endroit et du moment. Il y avait juste ce qu'il fallait de fraîcheur pour que je ne sois pas gênée par la chaleur. Mes cheveux jouaient avec mon front et mes joues, mon corsage n'était pas si sage que cela, il ne cachait rien de mon soutien-gorge de dentelles blanches. J'étais jeune et belle. Libre surtout puisque j'étais célibataire et en vacances depuis le matin même.
Au bout de deux heures de promenade, je ressentis comme une petite faim et une grande soif, je n'avais rien pris depuis la veille. Mon regard s'orienta vers un de ces cafés à l'ossature costaude. Sa vitrine au charme désuet, ses rideaux à carreaux rouges et blancs, ses tables et chaises en bois, son odeur de tabac et de café m'invitaient. La serveuse était pétillante, elle prit ma commande rapidement. Il lui fallut plus longtemps pour me servir. J'avais demandé un sandwich jambon beurre aux concombres et un thé froid. Mélange qui peut vous paraître étrange mais qui pour moi est le somment de la gourmandise. Il y avait à mes côtés des gens du village. Une vieille dame avec un panier regorgeant de victuailles, peut-être y avait-il un peu plus loin un marché ? Juste à ses côtés, il y avait une femme enceinte et son petit garçon d'un an environ, elle lui donnait avec tendresse son biberon. Il semblait être aux anges. Il y avait surtout des montagnards aux visages burinés qui vidaient avec application des verres de vin blanc. Revenaient-ils d'une ascension ? Un chien boudeur soupirait au pied de la caisse. La serveuse m'apporta enfin mon sandwich et mon thé. Je pouvais apaiser ma faim et étancher ma soif. Je mordis avec férocité dans un pain épais, moelleux et frais à la fois, et, je bus une grosse gorgée de thé. Est-ce ma jeunesse ou bien mon corsage, ma façon de manger et de boire qu'il l'intrigua en tout cas un très vieil homme rond à lunettes et légèrement chauve m'aborda.
" Cette chaise est vide, mademoiselle ? Puis-je ?"
Durant quelques instants, seul le silence fut entre nous ou plutôt le bruit des chaises et le cliquetis des verres, des assiettes. Sous mes yeux médusés, il sortit de sa poche de pantalon un livre de roman d'amour des éditions Harlequin, et, il se mit à lire avec assiduité. Je voyais ses yeux qui revenaient à la ligne ou qui parfois s'arrêtaient. J'étais très surprise de voir un homme de cet âge lire un tel roman. La serveuse paraissait en avoir l'habitude, elle ne semblait pas du tout surprise. Elle lui servit des beignets de pomme de terre et une grosse salade. C'est avec précaution qu'il retourna son livre et qui le posa juste à côté de son assiette. Je remarquais alors des couleurs chatoyantes et la beauté d'un prince et d'une princesse présumés. Ils étaient tous les deux enlacés devant une tour de Donjon. De quoi faire rêver la jeune fille que j'étais...
A suivre...
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MCM dit | Il est très romantique ce vieil homme, attendons la suite... |






