Opus XVIII La vie de Mélanie
Elle écoute le tic tac de son cœur, elle entend au loin le hululement de la chouette, et, des chiens qui aboient. Un peu lasse, elle pose son livre sur la couette et son regard se porte sur ses photographies qui sont posées là, juste à côté de son lit sur une grande table de nuit. Lentement le temps s’écoule puis Marilyne ouvre la porte les mains pleines d’un plateau de tisane. Mélanie l’attendait, elle est heureuse qu’elle soit là, qu’elle ait tenue sa promesse.
« Venez Marilyne, pas de table, posez donc le plateau sur le lit.
« Tenez. »
Pendant quelques instants seule la chaleur de la tisane sert de conversation, elle boivent tranquillement, elles sont là toutes les deux, ensemble, la vieille dame de quatre vingt ans et des poussières et la jeune fille de vingt ans. Une, à tout l’avenir devant elle, et, l’autre a un long passé derrière elle. Pourtant à cette minute précise, elle sont comme hors du temps, et ont le même âge quelque part. C'est comme une photographie en noir et blanc, les longs cheveux de Marilyne lui caressent aussi les épaules, ils sont d’un noir de geai, ses yeux immenses sont d’une couleur caramel, elle a un teint rosé et une bouche d’un joli rouge foncé. Une fois les tisanes bues, et, posées sur la table, Mélanie prête son livre à Marilyne pour qu’elle lui en lise un passage. Avec délicatesse, la jeune fille de sa douce voix commence la lecture.
« Il n’est pas difficile d’être malheureux, il suffit de s’asseoir comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse ; ce regard qui guette et pèse comme une denrée jette sur toutes les choses la couleur de l’ennui ; je fuie. Au contraire, le bonheur est beau à voir ; c’est le plus beau spectacle. Quoi de plus beau qu’un enfant qui joue ? Il y a sans aucun doute des événements insupportables, mais c’est notre devoir que de lutter de toutes nos forces, il faut donc vouloir son bonheur et le faire pour soi bien sûr mais surtout pour les autres. C’est l’offrande la plus belle que l’on puisse faire aux autres.
Madame Dupuis, c’est magnifique, vous savez depuis que je travaille ici, chaque jour ou presque, je suis touchée par la gaieté et par la paix qui y règnent. Je n’oserai pas employer le mot bonheur, non, je ne dirai pas cel, mais il y a un climat particulier empreint de douceur et d’attentions, de regards et d’écoute. Les personnes qui sont malades, même très malades, mourantes parfois font attention à nous, elles regardent comment on s’habille, si on a une nouvelle coupe de cheveux, elles nous demandent si on a bien dormi, si notre compagnon est gentil avec nous, enfin toutes sortes de questions sur notre vie. C’est comme si les rôles étaient en quelque sorte inversés, nous prenons soin de vous, c’est certain mais vous tous, c’est si fort. Vous allez me faire pleurer, et, il ne le faut pas. Je peux vous demander qui est cette jolie petite fille là sur cette photographie ? »
« Celle-ci, tiens passe-la moi s’il-te plaît. »
« C’est moi quand j’avais cinq ans, j’étais fière, c’était la toute première fois que j’étais prise en photo. »
« Je peux vous demander si vous avez été mariée, si vous avez des enfants, enfin si vous le voulez bien et, surtout si vous n’êtes pas trop fatiguée. »
« Tiens, passe-moi toutes les photographies qui sont juste à côté de toi, oui, c’est cela, donne, merci. Tu peux voir que je n’étais pas très grande pour mon âge et dieu sait que j’ai mangé de la soupe pourtant. Mes parents et moi nous vivons dans une petite maison en bois, une sorte de chalet d’alpage aux Gets. Papa était cordonnier, et, maman tenait l’épicerie du village. Elle n’avait pas toujours le temps de s’occuper de moi et de mes deux frères qui ont suivis, enfin, je te raconterai plus tard. Heureusement qu’à cette époque un jouet en bois, quelques cailloux, des fleurs ou des marrons faisaient l’affaire, tu sais il n’y avait pas tous les magasins d’aujourd’hui, on s’inventait des jeux, on s’amusait dans la cour, on faisait du tricycle. »
A suivre…
Par Louise, Vendredi 9 Novembre 2007 à 17:51 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






