Opus XX La vie de Mélanie
Je me souviendrais
toute ma vie lorqsue je l'ai vu pour la première fois, avec son manteau noir, son chapeau et ses gants, il faisait grand
seigneur, il avait de ses yeux d'un bleu lumineux et
transparent à la fois, il revenait des Etats-Unis où
il avait fait ses études d'ingénieur. Je fus tout de
suite conquise. J'ai caché mes sentiments, ils étaient
nichés au fond de mon cœur, il me suffisait de le croiser ou
d'entendre sa voix pour être au paradis.
« Vous l'avez aimé comme ça en secret, sans jamais rien lui dire. »
« Ma petite, à cette époque les jeunes filles étaient réservée, pudiques. Je ne pouvais rien lui dire, et puis il était le fils de mes patrons. Ces mois ne furent pas les pires, c'est la suite qui fut le plus terrible pour mon cœur. Bien que je sache que cet amour était impossible, je ne cessais d'espérer mais par un matin ensoleillé d'été, une certaine Anne-Charlotte arriva en voiture. Ce qui était rare chez moi aux Gets mais qui semblait courant pour les familles bernoises et genevoises qui fréquentaient la maison de monsieur et madame. C'était une jeune fille qui avait à peu près le même âge que moi, elle était riche, elle appartenait à une des puissantes familles de Genève, son père était dans le chocolat, elle était sûre d'elle, d'une grande élégance, coiffée et habillée à la dernière mode. Elle pilotait elle-même sa voiture, et, elle se conduisait partout comme si elle était chez elle. Elle me prit en grippe tout de suite, peut-être avait-elle ressenti mes sentiments pour Pierre ou bien tout simplement par caprice, elle me traitait comme elle le désirait. Monsieur Pierre était prévenant avec elle, souvent ils allaient se promener ensemble, ils sortaient aux restaurants, ils allaient au cinéma. Parfois quand je me retrouvai dans ma petite chambre de bonne au dernier étage de l'immeuble, je m'imaginais être avec lui, je me voyais à son bras, ou au restaurant. J'étais romantique. »
La tête de Mélanie n'avait plus quatre vingt ans et des poussières mais ses seize ans, elle souriait avec tendresse sur la jeune fille qu'elle avait été.
« Eh ! Alors qu'est-il arrivé après ? »
« Ce qui devait arriver, monsieur Pierre épousa mademoiselle Anne-Charlotte et ils partirent vivre à Genève. Je ne le revis que très rarement lors de ces visites familiales. Mon seul chagrin d'amour grâce à Etienne. »
« Qui est Etienne ? »
« Celui qui est devenu mon mari, il était chauffeur-jardinier chez monsieur et madame depuis cinq ans, nous nous voyions souvent mais moi, je n'avais pas vraiment fait attention, lui était tombé amoureux de moi, et, quand il a réussi ses examens aux chemins de fer, il n'a pas voulu partir sans me demander ma main. Je fus très surprise, très flattée, il s'exprimait bien et surtout il me disait de ses beaux mots, il m'expliquait ce qu'il vivait depuis toutes ses années, son amour secret, je fus touchée. Je répondis « oui » à sa demande, je prévins mes patrons qui étaient fort contrariés de me perdre si tôt. Pour eux j'étais trop jeune mais j'allais sur mes dix sept ans. J'avais écrit à mes parents pour leur demander leur accord pour notre mariage, j'étais mineure, et, jamais une jeune fille n'aurait pris un époux sans leur assentiment. Voilà comment je suis devenue madame Dupuis Etienne, femme de conducteur de train, un roulant pendant cinquante ans, jusqu'à sa mort. »
A suivre...
Par Louise, Dimanche 11 Novembre 2007 à 19:30 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)








