Opus XXII La vie de Mélanie
Cinq jours plus tard.
« Ce soir, festivités, le chef cuisinier fête ses vingt ans de mariage. Il vous a accommodé un délicieux repas, mousse de légumes maison, salade verte, hachis au colin et une mousseline à la fraise, bon appétit. »
« Ma fille tu vas bien, je te trouve pâle. »
« Oui, je suis juste un peu fatiguée, j'ai du mal à dormir en ce moment mais ça va passer. »
« Toujours tes peines de coeur, tu restes avec moi ce soir ? »
Un peu plus tard dans la soirée.
« Vous désirez que je vous lise un passage de votre livre ? »
« Ce soir, j'aimerais bien que tu me lises la lettre de mes enfants, tu veux bien, dis ? »
« Oui, mais ce n'est pas trop personnel ? »
« Non, si je te le demande. »
« Alors, Chère petite maman chérie, c'est avec tout notre coeur que nous t'écrivons ces quelques lignes. Comment pouvons-nous te dire ce que nous éprouvons pour toi, comment d'écrire ta patience, ton écoute, tes regards, toute ta tendresse. Avec papa, vous nous avez donné une bonne éducation. Nous avons tous fait des études, nous savons ce que nous vous devons. Notre petite maman chérie, tous les six, nous t'aimons très fort. Avec tout notre amour, pour toujours tes enfants, Philippe, Bernard, Myriam, François, Dominique, Marie-Christine. Madame Dupuis, vous allez me faire pleurer. »
« Tu sais à la fin de notre vie, rien n'est vraiment personnel, et, tu vois ce qui reste au bout du compte, c'est l'amour. Tu devrais vivre ta vie de femme et tu as un beau métier « aide-soignante », sois en fière, donne aux autres et fonde ta famille plus tard. »
« Vous êtes si humaine, vous êtes ouverte aux progrès. »
« J'ai aimé ma vie, et j'aime énormément mes gosses, et cette lettre me touche énormément mais quand ils étaient petits ce n'était pas toujours simple, il y avait les otites, les dents, les maladies infantiles et je t'en passe. Je peux te le dire, je n'ai pas vraiment choisi d'en avoir six. Je n'arrêtais jamais. Etienne était toujours par monts et par vaux, et, lorsqu'il était à la maison, il dormait, il fallait bien qu'il récupère, son métier était pénible. Il travaillait aussi bien le jour que la nuit, il était conducteur de trains. Je me souviens que je lui préparais ses gamelles, souvent il mangeait et restait au dépôt. Mes petits, ils se devaient d'être sages, ils filaient droit. Je les couchais à dix neuf heures trente, il y avait souvent encore du repassage, des lessives à la main. Tu peux me croire, je me souviens bien de l'arrivée de la machine à laver. Quel progrès, tout ça te paraît naturel mais c'était quelque chose, et, puis plus tard l'aspirateur, le réfrigérateur, la télévision, tout le modernisme. J'en ai vu des choses, c'est que je suis née en vingt. Tu t'imagines, j'ai vu la guerre, ça aussi, ma fille, c'est terrible, oui, terrible, les bombardements, la faim, la fuite, mais heureusement il y avait la solidarité mais je vais t'assommer avec tout ça. »
« Non, j'aime bien vous écouter raconter votre vie mais il est l'heure, je dois rentrer, à demain, passez une bonne nuit, je baisse un peu votre lit ? »
« Oui, merci, rentre bien. »
A suivre...
Par Louise, Mardi 13 Novembre 2007 à 21:01 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)







