Opus XXX Le mur (fin)
« Tu ne sais pas ce que c'est qu'un supermarché, c'est un grand magasin où il y a tout, de la bouffe, des fringues, des jouets. »
« Je ne connais pas, c'est quoi la bouffe, les fringues, les jouets ? »
« Tu vis dans quel monde, tu ne sais pas ce que c'est que de la viande, du poisson, des légumes, des fruits, et puis plein de robes, des chaussures, des pantalons, des fringues. Tu n'as pas de jouets, ben mince alors, tu fais comment pour jouer ? »
« Tiens, j'ai la PSP, tu veux voir ? »
« La quoi ? »
« C'est pratique, je l'ai toujours sur moi, je peux jouer quand je veux. »
« Vous avez de ces trucs de l'autre côté du mur. »
« Tu veux des bonbons, c'est bon, t'en as au citron, à l'orange, à la banane. »
« Prends ceux-là aussi ! »
Ava tendit sa main
et enfourna les bonbons multicolores dans ce qui lui tenait lieu de
poche, en fait un vieux sac très élimé.
« C'est monsieur Legrandargent. »
« Connais pas. »
« C'est l'homme le plus riche de la terre. »
« Ca sert à quoi d'être riche ? »
« Ben, il faut tout t'apprendre, ça sert à acheter. »
« Acheter, c'est quoi ? »
« Tu connais pas ça non plus, mais vous faites quoi ici ? »
« On fait du troc, contre un tapis pour dormir, des bouteilles en plastique, je te donne de l'eau, du riz, des galettes ou des habits, on a tout ce qui faut pour vivre. »
« Mais pour payer ta maison ? »
« Quelle maison ? »
« Je vis dans la rue, il n'y en a qu'un qui a une maison, suis-moi ! »
C'est avec grande vivacité qu'Ava conduisit Tom devant une immense bâtisse. C'était un endroit baigné de lumière, vaste, d'où de la musique douce s'échappait comme par enchantement.
« Mets-toi à genoux, oui comme ça. »
« Je dois rester comme ça, sans rien faire ? »
« Mais tu fais quelque chose, quelque chose de grand, tu pries pour les autres, et pour toi, pour que la paix soit dans le monde. »
« Même chez moi, au-delà du mur ? »
« Bien sûr, il n'y a aucun chemin où ne peut aller la prière pour la paix. »
« Tu sais chez moi, il y a la guerre, il y a des morts, des blessés, je ne savais pas qu'il existait un endroit de paix. »
« Cet endroit est exceptionnel, il se situe entre la terre et le ciel, nous avons nos difficultés, mais nous nous aidons, nous vivons ensemble, nous nous aimons, et, surtout nous croyions en Dieu, il n'y a jamais la guerre. »
« Dis, tu veux bien le partager avec moi, ton Dieu ? ».
« Il est avec toi depuis toujours. »
Une fois dehors Tom tendit à Ava sa montre.
« C'est quoi ? »
« C'est pour compter les heures qui nous rapprochent, pour que tu es quelque chose de moi avec toi. Je dois te quitter et retourner dans le mur pour retrouver mon monde. Ava, tu m'as beaucoup appris, j'aimerais beaucoup vivre dans un pays de paix. Au début j'avais peur, je ne connaissais pas l'endroit, je ne te connaissais pas, mais maintenant je n'ai plus peur, je vais parler de toi aux autres, et leur dire que Dieu existe pour tous. »
« Merci, moi aussi je vais te donner quelque chose, tiens, c'est mon mouchoir pour m'agenouiller à la maison de Dieu, et, je vais parler de toi aux autres. Je leur dirai que mon impression était réelle, que quand je sentais comme un appel, c'était toi. Je leur dirai que de l'autre côté du mur il y a des gens différents de nous, mais que que j'y'ai un ami, et qui s'appelle Tom. »
Par Louise, Jeudi 22 Novembre 2007 à 15:07 GMT+2 dans Imaginaire (article, RSS)






