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Opus XXXI Cauchemar

C'était un soir de fin octobre, le temps n'existait plus, j'étais comme dans une sorte de brouillard londonien. Je fus surprise de me découvrir seule dans la bibliothèque de mon village aux côtés d'une lampe verte qui brillait faiblement, et, ce fut en levant mes yeux que je vis qu'il était plus de vingt heures à l'horloge, et, que j'étais donc prisonnière du lieu. M'étais-je assoupie ou avais-je rêvé ? En tout cas, j'étais maintenant bel et bien retenue contre ma volonté puisque les portes fermaient à dix neuf heures. Dehors la nuit tombait, d'un seul coup le silence le plus complet m'enroba, et, en quelques secondes tout ce qui m'entourait me sembla devenir hostile.

 
 
Mon bureau en bois massif habituellement si accueillant se fit extrêment laid avec de méchantes bosses et des pieds ramollis, ma chaise tanguait comme un navire sous grande tempête. Je me mis à claquer des dents, mon corps trembla de froid, des frissons m'accompagnèrent dans un étrange voyage.


Mes amis, les livres s'ouvraient et se fermaient sans fin comme des mâchoires de requins prêtes à me dévorer, ils dansaient devant moi comme un soir de sabbat, la page à demi-écrite de mon cahier d'essais se couvrait avec une lenteur toute calculée de gouttes de sang...


Etais-je l'esclave de mes yeux ? De mon cerveau ? Par quel maléfice étais-je entraîné dans ces terribles tourments ? Mon coeur si résistant se mit à battre la chamade, mes poumons voulaient hurler mais rien ne sortait, je n'avais plus d'air. Mes mains s'agitaient comme des marionnettes sans leurs maîtres. Je ne savais plus quoi faire de ce corps où des millions de fourmis semblaient s'être données rendez-vous.


Me mutais-je en une espèce inconnue ? Les angles des murs dangereusement s'approchaient de moi, ils étaient petits ou grands selon leurs humeurs. Je n'étais plus que terreur, je ne voyais pas la fin de ce cauchemar. La pièce, les meubles, mon corps tout se mélangeait. La bibliothèque m'engloutissait avec sa gueule grande ouverte, se mêlant avec rage aux pupitres et aux bancs de mon enfance, à leurs ardoises, et à leurs craies aussi. Même l'horloge se métamorphosait en une sorcière tonitruante, criant si fort que j'avais l'impression que mes tympans, plus jamais ne pourraient entendre quoique ce soit.


Et, c'est au bout du plus profond du désespoir qu'en un instant tout se calma, ou plutôt que tout devint blanc comme un parterre de neige un soir de Noël, puis noir comme une tombe...


Combien de temps étais-je restée dans ce tunnel telle une belle au bois dormant endormie ? Une seconde ? Une minute ? Une heure ? Plus ? Beaucoup plus, puisque ce ne fut qu'au petit matin que je repris mes esprits.


Je m'étais retrouvée couchée à même le sol, et, ce fut avec peine que j'avais pu me relever. Pourtant ce fut avec une rapidité étonnante pour qui se trouvait dans mon état, que je pris mon sac de cuir, mes livres, mes cahiers, et, mes stylos, et, que je quittais cet endroit au plus vite sans un seul regard. Je vous l'accorde bien volontiers, si j'avais croisé quelqu'un il aurait sûrement pensé que j'étais une somnanbule et non pas une marathonienne !


Ce terrible cauchemar me réveilla en pleine nuit, toute en sueur, et en pleurs. Se pourrait-il que mes livres, que mes écrits me dévorent, qu'ils ne me prennent que trop de mon temps ?


Vos commentaires

1 Le Samedi 24 Novembre 2007 à 17:12 GMT+2, par Louise

Coucou

Ma foise, j'espère que tu vas bien par ce grand froid. Je t'envoie plein de gros bisous et je te dis à bientôt.
Louise.

2 Le Samedi 24 Novembre 2007 à 23:48 GMT+2, par MCM

Comme j'aime tes nouvelles, je suis sous le charme.

3 Le Lundi 26 Novembre 2007 à 08:30 GMT+2, par hauteclaire

Quel cauchemar! Je crois, Louise que vous devriez nous en écrire d'autres.
Amitiés

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