Opus XXXIII Premiers émois
Par une chaude matinée d'été séchait sur une corde de lin les sous-vêtements de madame Archelle, une de mes institutrices de mon ancienne école primaire. C'était un personnage, elle était si belle, si élancée, elle était entre la jeune fille et la femme, ce qui était extrêmement étrange pour moi, garçonnet de onze ans qui se posait toutes sortes de questions sur les femmes en général, ma mère exceptée.
Et pourtant la sortie était prometteuse, il y avait là sur la corde, trois soutiens gorges de toutes les couleurs ainsi que leurs petites culottes assorties, elles étaient si jolies avec leurs petites fleurs de couleur verte amande, leurs dentelles blanches, et leurs rubans rouges. Un petit vent les faisaient virevolter lentement, je sentais la douce odeur de mon ancienne maîtresse d'école, le mélange de son parfum et de sa lessive. Le soleil qui tapait déjà très fort jouait lui aussi les voyeurs, il transperçait une ravissante chemise de nuit aux bretelles coquines, il s'attardait sur le haut laissant entrevoir des baleines de couleur bleue ciel et des coutures en velours très fines d'un blanc cassé, il caressait les tissus de soie ou de coton avec bénédiction.
J'aurai donné n'importe quoi pour être à sa place, et, découvrir ses mes doigts la volupté des textiles. On aurait même dit que les épingles à linge se faisaient compliques, c'est avec une grande légèreté qu'elles tenaient les dessous, elles étaient si fines, si blanches, presque invisibles, j'aurai pu croire que le linge tenait tout seul comme par magie. Je ne tournais pas la tête plus loin car je savais qu'il y avait là les caleçons de son mari, ses maillots de corps ainsi que ses pyjamas, j'aurai souhaité que le fil ne supporte que le linge de Célia.
Je restais là accroupi, caché, mais si heureux, combien de temps, je ne serai vous le dire, mais peu m'importait, je savais qu'elle sortirait pour ramasserer son linge, c'était comme ça tous les dimanches matin, je loupais d'ailleurs souvent l'heure de la messe. Elle sortit de sa maison sa panière sous le bras, légère, elle était si belle avec ses cheveux châtain clair qui s'abandonnaient sur ses épaules, avec sa robe couleur amende qui ne cachait rien de ses merveilleux attributs. Sa toilette mettait en valeur ses épaules fines, si gracieuses, ses bras de danseuse classique, son cou gracile, et, sa poitrine ressortait à la cadence de ses pas. Ses jambes aussi étaient longues et élégantes, elle avait à ses pieds de très jolies escarpins du même ton que sa robe.
Quand elle posa son panier sur le sol, j'étais dans cet ailleurs si merveilleux, dans cet univers que seul l'amour peut donner. Je croyais voir un mirage, comme dans un ralenti, elle plia son corps et m'offrit ainsi une vue magnifique sur son buste, ce tableau éblouissant restera à jamais gravé dans ma mémoire. Mon ancienne maîtresse d'école était plus que belle, c'était mon amoureuse, mon aimée. Mon coeur à cet instant ressentit pour la première fois les affres de la jalousie, j'aurai tant voulu lui passer mes mains autour de sa taille, la couvrir de baisers et la serrer dans mes bras pour lui dire combien je l'aimais, être son mari pour toujours.
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hauteclaire dit | Un tableau plein de fraîcheur et de légèreté, un peu irréel, comme souvent les souvenirs d'enfance. |






