Opus XXXV La flaque d'eau
En une fraction de seconde, je me transforma en cachalot, mon maquillage qui m'avait pris dans les vingt bonnes minutes ruisselait sur mon visage me donnant l'air d'un Pierrot. Mes habits ressemblaient à des loques, styles SDF retraité de la police. Quand à mes collants, ils dansaient un tango ravageur avec mes jambes, mes chaussures étaient maintenant plus destinées au joie du jardinage qu'à la parution au sein d'un colloque pour produits comestiques.
Ne rigolez pas, j'étais sur point de prendre la parole pour un séminaire sur des produits de beauté. Autant dire que je n'en menais pas large, la seule à avoir tenu le coup était ma malette en acier gris, même mon sac de cuir semblait pleurer. Tout ça à cause de quoi ou plutôt de qui ? De mon patron qui dans la cour de l'entreprise était arrivé en trombe dans la cour, essuies-glaces ravageurs, pneus sportifs, musique à fond, il avait fallu qu'un trou se forme dans la nuit, juste devant la porte de l'entrée. Norbert, c'était son prénom, me transforma en limace vivante. Mon coeur hurlait de colère mais je devais me retenir, c'était lui qui m'offrait chaque mois avec une gracieuse régularité mon bulletin de paie. Blanche de rage, je poussa la porte, il me restait en tout et pour tout dix minutes pour redevenir présentable.
Plus vite qu'un éclair dans le ciel le plus noir d'un soir d'été, je me faufila dans mon bureau, remerciant Dieu ou je ne sais qui d'avoir un petit endroit bien à moi. Prestement j'enlevai mon imperméable qui en passant me gratifia de confettis de pluie, je retira mes collants, et, mes chaussures. Heureusement j'étais épilée de la veille, et, j'avais dans un de mes placards une de ces paires de chaussures oubliées.
Par contre, je n'avais pas de robe de remplacement mais un châle qui attendait là depuis plusieurs saisons en cas de frissons ou de tâches de café. L'état de mon maquillage et de ma coiffure était des plus préoccupants. Avec dextérité je pris mon sac à main, ma brosse à cheveux, je me fis un chignon, cheveux à l'arrière comme j'avais vu Merryl Streep le faire dans un film, trois crayons de couleurs tenaient le tout. Dans ma malette je pris un démaquillant, mon visage de clown triste fit place à un visage sans fard, et, l'idée me vint. J'allais me maquiller avec mes produits devant l'assemblée. Le châle noué sur ma hanche droite me donnait un air coquin, cachant ainsi les traces sur ma jupe. Mes chaussures une fois frottées à l'aide d'un mouchoir Lotus prirent un air pimpant.
Je mis une dernière touche à ma toilette, un délicieux jet de Chanel, et, ce que je vis dans la glace me rassura. C'était une femme sûre d'elle, mon front dégagé relevait l'éclat de mon regard, mes yeux paraissaient plus grands, mon nez semblait rieur et gai, quant à ma bouche elle était d'une jolie couleur rouge sang, certainement l'effet de l'agitation. D'un pas décidé, je sortis de mon bureau et je rejoignis toute l'équipe dans la salle de réunion.
Quand je fis mon entrée dans la salle tous me regardaient surpris de me découvrir ainsi, moi qui depuis deux ans me cachait derrière une frange épaisse et beaucoup de maquillage. Chacun se présenta et fit son exposé, quand ce fut mon tour, je voyais bien que mon boss me regardait différemment. Il avait l'air d'un loup à la chasse. Avec calcul, je me suis mis à me maquiller expliquant quels produits j'utilisais et pourquoi, et je me fis un maquillage plus doux que d'habitude. A la fin de ma démonstration, tous m'applaudir et mon patron me glissa à l'oreille. « Je ne regrette vraiment pas le coup de la flaque d'eau. »
Par Louise, Mardi 27 Novembre 2007 à 09:30 GMT+2 dans Vie quotidienne (article, RSS)







