Opus LVII Prime au mérite (début) !
Chacun et chacune y compris moi-même, nous nous étions vêtus des plus élégantes façons, en passant de la robe de cocktails, aux magnifiques tailleurs, avec des coiffures des plus élaborés, ayant parés nos mains et nos oreilles de bijoux brillants de mille éclats. Les hommes s'étaient pris pour nos princes charmants, ils s’étaient attachés à se prendre pour un soir des danseurs étoiles de l’opéra.
Le repas avait été excellent, le meilleur des Champagnes avait coulé à flots, des entrées les plus extravagantes les unes que les autres s'étaient prises de rivalités pour séduire nos papilles, des homards impériaux et une kyrielle de fruits de mer s'étaient offerts à notre vue avec une telle élégance qu'il aurait été vexant de notre part de ne pas les déguster. Des vacherins glacés aux couleurs des îles s'étaient donnés comme mission d'être les garants d'une haleine fraîche, des cafés aux parfums sublimes s'étaient empressés de jouer le bouquet d'artifice final, tout avait été grandiose, parfait.
Il n'y avait d'ailleurs pas que nos palais qui avaient été choyés mais tous nos sens. La grande salle aux rideaux rouge et or explosait de beauté sous des lumières chatoyantes aux lustres centenaires, des nappes étincelantes de blancheur à la broderie d'or s'étaient prises pour des tutus des petits rats de Paris, des assiettes en porcelaine ancienne, des couverts en argent et des verres de cristal s'étaient mis en tête de nous faire tourner la tête de plaisirs.
Des
fauteuils en cuir, des bouquets de fleurs plus magnifiques les uns que les
autres s'étaient donnés pour seul mot d'ordre de compléter cette danse du bonheur. Un
orchestre des plus chics s'était pris d'amitié pour tous les convives, les
obligeant avec grâce à se divertir rendant encore plus fort l'irréalité du moment.
Et, pourtant en cette soirée si féerique, sur mes joues, il n'y avait que des larmes qui se répandaient. Mon superbe maquillage des instituts de beauté Marielle dégoulinait lamentablement me faisant ressembler à un clown n'étant pas encore totalement démaquillé après son spectacle.
Pourtant jusqu'à mon départ, j'étais restée digne, personne n'avait rien pu remarquer de ma terrible déception, ni dans mes regards, ni dans mes gestes. Je me devais de ne pas laisser voir ma peine ou je n'aurai alors été plus qu'une chair sanguinolente entièrement à la merci de mes collègues.
Je partis après avoir salué le Président Directeur Général monsieur Tessier et après m'être répandue en remerciements et en compliments mêlant le charme et la satisfaction. Je fis de même pour tous les autres convives, et telle une princesse au comble de la joie, je sortis de la salle du restaurant la tête bien haute, avec une lenteur et une grâce recherchées.
Tous pensait savoir pourquoi je m'en allais si tôt, ils croyaient que je me rendais à l'aéroport de Genève chercher mon mari qui revenait des Etats Unis où il s'était rendu pour son journal mais la vérité était tout autre...
A suivre...
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