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Ce blog est une invitation sur le chemin des nouvelles, des contes, et de la poésie. Si un regard peut créer l'univers les mots peuvent le transcender. Il y a aussi des collages, de la sculpture, des pensées. Avec toutes mes amitiés. Louise (tous les textes sont protégés par copyright)

Opus LVIII Prime au mérite (fin) !

Vendredi 14 Decembre 2007, 22:36 GMT+2Par LouiseCet article a été lu 0 fois
 
Dix années à passer à travailler comme une malade dans cette boîte, à m'oublier au bénéfice de l'assistante de direction que j’étais. Chaque matin, c'était très simple, je devenais cette autre que l'on voulait que je sois, corps et âme malléables. Tel un robot de luxe, je m'habillais, je me maquillais toujours avec élégance même les jours ou j'aurai donné n'importe quoi pour pouvoir traîner à la maison en pyjama et en charentaises.

Souvent même, je ramenais des dossiers à la maison, histoire de ne pas oublier mon job, avant tout, c’était pour ne pas prendre de retards, et, les connaître sur le bout des doigts. Il fallait que je sois toujours performante, à la hauteur, dans la course, dans le move.  Et croyez-moi, je l’étais.

Toujours la première arrivée vers sept heures trente, restant régulièrement au bureau après dix neuf heures en ayant seulement avalé un sandwich jambon beurre ou une salade au bar restaurant « le courrier » juste en face vers midi. Jamais en retard, ni absente même avec une fièvre de cheval, le petit soldat assumait les journées. Enceinte jusqu'au cou, je courais encore à droite et à gauche me rendant auprès de la comptable, du chef de service. Heureusement que ma secrétaire m'aidait avec dévouement et compétence, et, que nous formions une bonne équipe, rien à voir avec les autres services qui étaient toujours prêts à nous mettre des bâtons dans les roues, à ne pas jouer le jeu du groupe.

Je faisais partie de l'amicale de l'entreprise, j'avais formé la petite nouvelle secrétaire de l'accueil, tout cela évidemment en dehors de mes devoirs administratifs d’assistante de direction, des réunions avec le patron et le staff. Je recevais régulièrement des clients venus de nombreux pays, parlant couramment l'anglais et l'espagnol. Inévitablement cela allait de soi, j’étais constamment ou presque au téléphone répondant à tous nos clients avec patience, et compétence, en soutenant les affaires de la boîte à fond, en m'investissant totalement…

Aux travers de mes larmes, je revoyais ces dernières années si formidables. Je gérais tout, mes trois grossesses sans avoir pris un gramme de trop, étant redevenue la femme désirable que Christian avait épousé à peine un mois et demi après mes accouchements. Assurant les gardes pour les nuits de fièvre pour les dents, les bronchiolites, la varicelle et autres maladies ainsi que l’entretien de la maison, la préparation des repas, les courses, les devoirs, les cours de gymnastique, de judo, et, les rendez-vous chez l’orthodontiste.

Qui avait bien pu remarquer que depuis des années, je me levais à cinq heures trente tous les matins qu'il vente ou qu'il pleuve. Que je réveillais les enfants après ma toilette et une prise de petit-déjeuner très rapide composé uniquement d'un café fort. Que je veillais à ce qu'ils mangent bien leurs tartines,  qu'ils boivent leur lait chaud, qu’ils emportent un fruit pour leur goûter, qu'ils soient habillés, élégamment, et que surtout se soit en rapport avec les saisons. Puis que nécessairement, il me fallait conduire les deux aînés à l’école primaire, et, le dernier à la crèche qui se situait à l'autre bout de la ville, ayant toujours sous la main une liste d’une dizaine de nounous en cas d’indispositions de mes chérubins. Pour ne jamais prendre ces fameuses journées pour enfants malades, et ne surtout pas pénaliser la boîte.

Nominée pour la prime de fin d’année depuis cinq années, et, toujours rien. Enfin, si tout de même, il me fallait bien un lot de consolation. Cette fois je reçus un merci public et une main serrée. Dans ma voiture de huit ans d’âge, avec mes yeux de cocker, je faisais peine à voir. Ils devaient déjà être nombreux à commenter mon nouvel échec. La superwomen ne réussissait donc pas en tout, et, surtout c’était quoi une assistante de direction, rien… Un kleenex soigné que le patron a toujours dans sa poche, son joker ou son bouc émissaire ?

Ce soir, je n’étais plus qu’une femme terriblement déçue, blessée, ne croyant en plus rien, ni en la rigueur, ni au travail réalisé avec intelligence et conscience. Ce que je ne pouvais croire, c’était à qui avait été remise la fameuse prime au mérite. L’élue était une pimbêche de vingt cinq ans tout juste arrivée, enfin un an de boîte tout de même ! Elle vous zappait royalement, défilant tel un mannequin au salon haute couture de Jean-Paul Gauthier, prenant des faux airs de Marilyne Monroe ou de Brigitte Bardot. Elle ne vous adressait la parole que des bouts des lèvres, seulement pour vous demander des tâches très qualifiées du style, lui préparer une tasse de café sans sucre, lui faire des photocopies de dossiers à mille pages au moins, relier l'ensemble pour tout de suite. Parfois, même je me devais de rester le soir parce qu’elle était prise subitement de terribles migraines, ne pouvant terminer ses dossiers « urgents » pour le lendemain matin. En fait, vous deviez tacitement lui « obéir » ne sachant pas réellement quel statut elle avait au sein de la boîte, c’était très flou, « cadre supérieure ». Elle avait un master d’économie, sortait d’une « grande école » d’emblée elle avait su montrer ses dents longues, ses relations.

Notre boss à tous n’était pas son patron mais son grand ami… Durant la douce saison, bains nocturnes au bord du lac de Genève, restaurants en comité restreint tout le long de l’année, échanges de bonnes adresses pour les vacances. Elle était d’ailleurs la seule dans la boîte à l’appeler par son prénom et à le tutoyer. Ah ! J’oubliais vous pensez bien elle qu’elle avait son mercredi après midi, elle n’avait pourtant pas d’enfants mais elle avait ses cours d’aquagym avec son coach privé. Il était si demandé, elle en avait terriblement besoin pour être performante. « Dans l’eau j’oublie toutes les tensions du boulot et Jean-Louis est si, enfin vous voyez… ».

De quoi ressentir de la colère, de l’amertume, de la déception, un mélange d’incompréhension du système. C’était pour moi, comme si tout tournait à l’envers. Y avait il réellement un mérite particulier à être jeune, belle, intelligente, célibataire et disponible ? Certes elle travaillait avec compétence mais elle n’avait aucune humanité, tout lui était naturellement dû. Dans quel monde vivions nous ?

La phrase de mon PDG raisonnait encore à mes oreilles. « Madame Nusbaumer vous êtes une excellente collaboratrice mais vous prenez tout trop à cœur, vous auriez dû recevoir cette prime au mérite cette année mais vous l’avez encore manqué de peu. Un conseil, apprenez à mettre la barrière, bonne soirée et bonnes fêtes à vous, et, à toute votre famille ».

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Cet article a été commenté 4 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

MCM dit

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, pauvre femme, de nos jours la conscience professionnelle ne paye plus!!

Samedi 15 Decembre 2007, 21:13 GMT+2 | Retour au début

Mahina dit

Merci Louise, ton mot chez BleuMarine m'a fait bien plaisir!

Dimanche 16 Decembre 2007, 18:38 GMT+2 | Retour au début

quel connard ce type!
des bisoux louise :)

Lundi 17 Decembre 2007, 14:31 GMT+2 | Retour au début

Je continue ma remontée de vos textes.
Celui-ci sonne particulièrement juste, le dévouement ne paie pas!
Amitiés, et passez de très bonnes fêtes.

Vendredi 21 Decembre 2007, 08:07 GMT+2 | Retour au début