Opus LXII Le Noël de Félix !
Sur le chemin de Noël j'ai trouvé un enfant de tout juste cinq ans, un de ces enfants qui ne savait pas si il allait passer les fêtes chez son papa ou chez sa maman ou en foyer.
Il pleurait dans la cour de mon école, assis au creux d'un arbre, sans manteau, ni chapeau, son nez coulait...
Je lui dis de venir voir la maîtresse pour que je puisse avec lui prendre ses vêtements aux portes manteaux, je ne voulais pas le laisser pleurer seul au froid, je lui avais donné un mouchoir en papier pour qu'il s'essuie le nez, mouché mais encore chagrin, il me suivit, le regard toujours baissé.
Je vis Corinne son institutrice, et, après lui avoir exposé les faits, elle me donna la clef de l'école et me permit de m'occuper de Félix, il s'appelait ainsi.
Une fois à l'intérieur du bâtiment, nous montâmes les escaliers pour nous rendre au premier étage, et, là je sentis comme une petite main dans la mienne, elle était toute froide mais elle me faisait si chaud au coeur, il m'offrait sa confiance.
Arrivée devant la porte de sa classe, avec douceur comme si pour un instant il était redevenu un peu plus petit qu'il ne l'était. Je lui enfila son manteau et je le coiffa de son chapeau et je lui mis ses gants, il avait encore des soubresauts, sa peine était bien inscrite au fond de son coeur.
Cette fois nous fîmes le chemin inverse, sa main gantée dans la mienne. En une fraction de seconde, il tira sur mon manteau, tournant son visage tacheté de larmes vers moi et m'ouvrit son coeur en me posant cette question.
"T'as des enfants ?"
"Oui, deux."
"Ils vont chez toi pour Noël ?"
"Oui."
"Tu en voudrais pas un troisième ?"
"Un troisième ?"
J'étais très touchée et très embarrassée, surprise aussi, et, je ne savais trop que répondre.
"Tu sais que je ne suis pas ta maman, je suis juste là un instant. Peut-être que Noël t'apportera une surprise, et si non je ne peux te répondre tout de suite. Tu sais ce n'est pas si simple mais je te promets je vais en parler à ta maîtresse. Maintenant que tes larmes sont séchées et que tu es habillé tu peux aller dans la cour."
Je rejoignis sa maîtresse pour lui parler de sa détresse et de sa demande. Elle me dit que son cas n'était pas facile, et qu'elle en avait déjà parlé avec la Directrice.
Après mon travail, je me rendis au bureau de madame Lucas la Directrice qui me reçut très gentiment. Elle appela l’éducatrice de Félix qui allait tout tenter pour faire quelque chose. Nous nous quittâmes dans l'attente.
Deux jours plus tard, soit le vingt et un décembre 2007, dernier jour d'école madame Lucas m'appela au téléphone pour me dire que Félix aurait un beau Noël. Les deux parents profondément touchés par le terrible chagrin de leur fils avaient décidé de faire une trêve de paix pour cette soirée unique. Félix et ses parents ensemble, certes la rencontre se passerait au foyer mais peu importe, il aura le plus magnifique des cadeaux. Ses deux parents rien que pour lui !
Par Louise, Dimanche 23 Decembre 2007 à 10:07 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)







