Opus LVXII Louisia Claudia 3
En montagne la vie était rude et il était plutôt rare qu’un gars de la ville remonte au pays pour faire paysan mais c’était ce qu’avait décidé le Pierrot. Depuis tout petit, il rêvait de travailler la terre, d’avoir des bêtes, et de faire de la vigne, il aimait la vie au grand air, l’odeur des champs. Il avait dû aller à l’école jusqu’au certificat d’études, puis il avait fait contre fortune bon cœur en obéissant à son père.
Il avait fait boulanger jusqu’au mois dernier. Son petit frère Léon reprenant la boulangerie, il laissait libre choix à son aînée. Voilà pourquoi il était monté sur le plateau de Gavot pour y apprendre le métier de son grand-oncle. Il savait que son futur travail serait soumis aux rigueurs du temps. Dès le mois d’avril commençaient les travaux et la remise en état des outils, du matériel des bâtiments, il y avait les labours, sortir le bétail, s’occuper du troupeau des vaches par toutes les saisons, les vendre aux foires, faire les fromages de chèvres, les affiner aussi. De juin à septembre les journées de travail seraient interminables, il faudrait courir partout des dix huit heures par jour, faire la fauche, s’occuper des foins, un labeur infini l’attendait mais c’était ce métier qu’il voulait faire.
Depuis plus d’un mois Pierrot travaillait avec Etienne, celui-ci lui apprenait le métier, il le considérait comme son fils et son repreneur. Il ne pouvait être question que sa ferme ne continue plus après sa mort aussi avait-il échafaudé un plan. Sa fille devrait lui obéir comme c’était la coutume et de tout de façon c’était lui qui décidait, sa fille et la mère n’avaient rien à dire. Le Pierrot épousera Louisia Claudia et ensemble ils feront le travail à la ferme. La mère et lui devait avoir une descendants et comme il n’avait pas d’autres enfants. C’était leur chemin et puisque le Pierrot voulait travailler la terre, la question était résolue. Il avait pour assurer la vie du futur couple et ses vieux jours acheter la parcelle de terrain d’à côté et il achèterait trois nouvelles vaches et un taureau pour la reproduction. Il économisait depuis des années et la mère avait encore une partie de sa dot.
« Louisia Claudia ce soir, je veux te parler avec ta mère pendant que le Pierrot casse du bois. »
« Depuis le premier novembre qu’il vit avec nous, tu le sais j’ai le projet de vous marier. Il m’a fait sa demande officielle. Pour le contrat on est d’accord et ton trousseau est en bonne voie, vous irez voir le curé tous les deux accompagnés par la mère demain, c’est décidé. »
Louisia Claudia sentait que ces paroles seraient prononcées, elle ne savait pas quand. C’était maintenant. Elle était contente le Pierrot, il lui plaisait bien à elle. Chaque matin et chaque soir, ils échangeaient des regards, elle faisait toujours attention à ce que sa soupe soit bien chaude, que son verre de vin soit bien rempli, qu’il ait des gros morceaux de pain, que ses chemises soient propres, elle aimait les laver au lavoir avec les habits de la famille. C’était le signe de son appartenance à la famille et il était déjà un peu à elle.
Ce soir était son dernier soir de jeune fille, elle avait seize ans. Demain elle serait fiancée et dans peu de temps mariée, le père ne voulait pas attendre. Son cœur palpitait, elle ne savait pas trop ce qu’était le mariage mais depuis toute petite elle savait que se serait comme çà. Le père l’avait envoyée à l’école, elle aimait bien lire et compter mais elle savait aussi que jamais elle ne partirait d’ici, elle aurait voulu être institutrice mais ce n'était pas possible. Sa vie était ici et nulle part ailleurs. Elle savait tout faire, la cuisine, la couture, la broderie, le ménage, traire les vaches, s’occuper des animaux, faire le fromage. Elle était prête à marier.
A suivre...
Par Louise, Dimanche 30 Decembre 2007 à 17:12 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)







