Opus LXXIII Lousia Claudia 9
Sa grossesse était plus difficile que les autres fois, elle était plus lourde, quand elle entendit les cloches sonnées, elle tricotait des chaussons pour le futur bébé. Sa mère dormait au frais, elle qui avait toujours été travailleuse était devenue en peu de temps une autre. Elle traversait les jours comme un fantôme, l’Etienne souhaitait que le docteur Baud monte au chalet pour l’ausculter mais elle ne le voulait pas. Jamais aucun autre homme que son mari ne l’avait approchée et puis le docteur c’était pour les mourants. Elle était juste très fatiguée, c’était tout, et, quand la mère avait décidé quelque chose rien ne pouvait la faire changer d’avis. Lousia Claudia ressentit comment un déchirement dans sa poitrine. Que pouvait-il bien se passer ?
« Ma Louisia, c’est la guerre, tous les hommes sont mobilisés, ordre de mobilisation générale, je dois partir demain. »
« Mon Pierrot mais comment je vais faire rien qu’avec le père et la mère ? Et avec les petiots ? Mon Dieu, la guerre ! »
« T’en fais pas, y en aura pas pour longtemps, c’est l’histoire d’un mois à peine, fais nous un beau petit, je m’occuperai de tout en revenant. »
Le lendemain, tous les hommes jeunes du village en uniforme bleu et rouge partirent presque guillerets dans la carriole communale. Ils criaient à bas les boches ! Vive notre Patrie, vive la France. »
Tous pensaient partir pour peu de temps mais l’inquiétude se lisait malgré tout sur certains visages et surtout sur celui des femmes. Louisia Claudia qui n’avait jamais connu de peine jusqu’à ce jour pleura lorsqu’elle ne vit plus son Pierrot. Seule, elle restait seule, elle était bien jeune, elle n'avait que vingt ans.
Ce fut le soir même du départ de son mari qu’elle ressentit les premières douleurs, elle appela sa mère.
« La mère, je vais faire mon petit, çà y est. »
Il était dans les trois heures du matin et le bébé n’était toujours pas là.
« Mère, dis au père qu’il aille cherche l’Ernestine. »
« J’y vais. »
« Ma fille, il va vous falloir du courage, c’est votre troisième et on dirait que c’est le premier, comme si vous n’aviez jamais accouché. »
L’accoucheuse transpirait autant que la Lousia, c’est qu’elle savait que les accouchements pouvaient rapidement virer au drame. Elle sentait bien que celui-ci n’était pas facile.
« Je vais vous monter sur le ventre pour faire descendre le gosse. »
Une heure plus tard.
« Poussez, poussez, je vois la tête, encore, encore, oh mon Dieu ! »
« Qu’est-ce qu’il y a, l’Ernestine, dîtes-moi ? »
« Pauvre petite, pauvre petite. »
L’accoucheuse prit le bébé dans ses bras et l’enveloppa dans un petit drap, elle l’essuya et le posa sur la table.
« Ma fille, ayez du courage, c’était un garçon. »
« C’était, il est, il est mort ? ».
« Oui, ma fille, voilà pourquoi tu n’arrivais pas à pousser. »
« Je veux le voir. »
« Tiens, le voilà. »
Il était si beau, tout le portrait de son grand frère. Des larmes coulèrent doucement sur ses joues, la mère qui était à côté se mit à prier.
« Au nom du père… ».
« Ah ! L’Ernestine, ça recommence, le mal recommence. »
« C’est pas possible, je vous prends le petiot. »
« Ouin ! ouin ! ouin ! »
« Voilà un beau garçon qui a des poumons, Dieu vous en a pris un et vous en a donné un autre, des jumeaux ! »
A suivre...
Par Louise, Samedi 5 Janvier 2008 à 16:02 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






