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Opus LXXIII Lousia Claudia 9

 
En ce trois août dix neuf cent quatorze les cloches de l’église sonnaient à toutes volées, et, ce n’était pas le feu. Tout le village était aux champs, il y avait du travail en cette saison. L’Etienne et le Pierrot étaient à la fauche, Lousia Claudia était avec les enfants derrière dans un coin du jardin, ils jouaient ensemble.

Sa grossesse était plus difficile que les autres fois, elle était plus lourde, quand elle entendit les cloches sonnées, elle tricotait des chaussons pour le futur bébé. Sa mère dormait au frais, elle qui avait toujours été travailleuse était devenue en peu de temps une autre. Elle traversait les jours comme un fantôme, l’Etienne souhaitait que le docteur Baud monte au chalet pour l’ausculter mais elle ne le voulait pas. Jamais aucun autre homme que son mari ne l’avait approchée et puis le docteur c’était pour les mourants. Elle était juste très fatiguée, c’était tout, et, quand la mère avait décidé quelque chose rien ne pouvait la faire changer d’avis. Lousia Claudia ressentit comment un déchirement dans sa poitrine. Que pouvait-il bien se passer ?

« Ma Louisia, c’est la guerre, tous les hommes sont mobilisés, ordre de mobilisation générale, je dois partir demain. »

« Mon Pierrot mais comment je vais faire rien qu’avec le père et la mère ? Et avec les petiots ? Mon Dieu, la guerre ! »

« T’en fais pas, y en aura pas pour longtemps, c’est l’histoire d’un mois à peine, fais nous un beau petit, je m’occuperai de tout en revenant. »

Le lendemain, tous les hommes jeunes du village en uniforme bleu et rouge partirent presque guillerets dans la carriole communale. Ils criaient à bas les boches ! Vive notre Patrie, vive la France. »

Tous pensaient partir pour peu de temps mais l’inquiétude se lisait malgré tout sur certains visages et surtout sur celui des femmes. Louisia Claudia qui n’avait jamais connu de peine jusqu’à ce jour pleura lorsqu’elle ne vit plus son Pierrot. Seule, elle restait seule, elle était bien jeune, elle n'avait que vingt ans.

Ce fut le soir même du départ de son mari qu’elle ressentit les premières douleurs, elle appela sa mère.

« La mère, je vais faire mon petit, çà y est. »

 Il était dans les trois heures du matin et le bébé n’était toujours pas là.

« Mère, dis au père qu’il aille cherche l’Ernestine. »

« J’y vais. »

« Ma fille, il va vous falloir du courage, c’est votre troisième et on dirait que c’est le premier, comme si vous n’aviez jamais accouché. »

L’accoucheuse transpirait autant que la Lousia, c’est qu’elle savait que les accouchements pouvaient rapidement virer au drame. Elle sentait bien que celui-ci n’était pas facile.

« Je vais vous monter sur le ventre pour faire descendre le gosse. »

Une heure plus tard.

« Poussez, poussez, je vois la tête, encore, encore, oh mon Dieu ! »

« Qu’est-ce qu’il y a, l’Ernestine, dîtes-moi ? »

« Pauvre petite, pauvre petite. »

L’accoucheuse prit le bébé dans ses bras et l’enveloppa dans un petit drap, elle l’essuya et le posa sur la table.

« Ma fille, ayez du courage, c’était un garçon. »

« C’était, il est, il est mort ? ».

« Oui, ma fille, voilà pourquoi tu n’arrivais pas à pousser. »

« Je veux le voir. »

« Tiens, le voilà. »

Il était si beau, tout le portrait de son grand frère. Des larmes coulèrent doucement sur ses joues, la mère qui était à côté se mit à prier.

« Au nom du père… ».

« Ah ! L’Ernestine, ça recommence, le mal recommence. »

« C’est pas possible, je vous prends le petiot. »

« Ouin ! ouin ! ouin ! »

« Voilà un beau garçon qui a des poumons, Dieu vous en a pris un et vous en a donné un autre, des jumeaux ! »

 
A suivre...  

Vos commentaires

1 Le Dimanche 6 Janvier 2008 à 08:57 GMT+2, par hauteclaire

Bonjour Louise,
fidèle à mon habitude, je viens de finir votre nouvelle de la semaine, du moins ce que vous nous en avez donné à lire.
Que va t-il arriver maintenant? La guerre qui déchire les familles, un sujet hélas toujours autant d'actualité.
Amitiés.

2 Le Dimanche 6 Janvier 2008 à 12:07 GMT+2, par $!l@$

j'aime bien le ton du récit
on s'y croirait!!!!!!!!!!!
bisoux et bonne année en retard mais je n'ai eu que des contre temps
à bientôt

3 Le Dimanche 6 Janvier 2008 à 17:05 GMT+2, par Calia

P'tit commentaire pour t'adresser mes meilleurs Voeux 2008... en passant, il me tarde la suite.

4 Le Dimanche 6 Janvier 2008 à 17:53 GMT+2, par Mandy

Juste pour te souhaiter une bonne soirée et une bonne semaine...
Gros bisousxxx...

5 Le Dimanche 6 Janvier 2008 à 19:47 GMT+2, par MCM

J'ai peur de connaître la suite, j'espère me tromper.
Bises Louise!!

6 Le Mardi 8 Janvier 2008 à 20:17 GMT+2, par loulou

bonsoir, gros bisous et ton histoire est belle (enfin je connais pas la fin mais je parle du style)

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