nouvelles

Opus LXXIV Louisia Claudia 10

 
15 décembre 1914,

9 heures du soir,

Ma Lousia,

J’ai reçu ton télégramme. Je suis triste pour le petiot. Soit courageuse. Dis au père que je sais que je peux compter sur lui. Merci pour les victuailles, envoie-moi du papier à lettres. J’attends de vos nouvelles. Je vivrais, je veux retourner auprès de toi et du pays. Je t’embrasse fort.

Ton Pierrot.

Lousia Claudia ne dormait plus beaucoup, elle était trop inquiète pour son mari et puis aussi si fatiguée par sa dernière grossesse et par le décès de son petit. Maintenant elle était le soutien de sa famille. Sa mère s’affaiblissait de plus en plus mais ne voulait toujours pas voir le médecin. Son père l’Etienne travaillait bien au-delà de ses forces, ils étaient aidés par des voisins âgés tout comme lui. Lousia Claudia du matin au soir s’occupait de tout, elle était si mince qu’on pouvait croire qu’elle allait se briser d’un coup mais elle était tel le roseau, elle pliait parfois se cachant pour pleurer mais elle repartait avec vaillance.

 
Ils avaient un toit, du feu, de la soupe, rarement du pain, un peu de viande grâce aux lapins et du fromage grâce aux chèvres. Il fallait faire attention pour tout, ils étaient près de la misère mais tant que son Pierrot était vivant, elle ne devait pas se plaindre. Dans le village, il y avait déjà deux veuves avec enfants, une d’entre elles avait dû partir à Genève pour se placer comme bonne laissant ses enfants à ses parents.

Les mois se succédaient non plus seulement aux rythmes des saisons mais aux rythmes des nouvelles. Dans la commune le nombre de blessés ou de morts augmentait, certains n’hésitaient à décrire dans quelle boucherie ils étaient, la nourriture était infecte, les conditions de vie terriblement difficiles. Pas de quoi rassurer Louisia Claudia. Elle se rendait le plus souvent possible à l’église. Plus les mois passaient, plus elle avait peur. Elle devait faire face à sa solitude, son lit était froid sans son homme, et puis elle devait être paysanne, vigneronne, marchande, cuisinière, infirmière et bien d’autres choses encore.

Un soir du mois du mois de juillet dix neuf cent quinze, le vingt cinq exactement son homme arriva, elle voulut aussitôt lui sauter au cou mais il lui cria.

« Ne m’approche pas, je suis plein de vermine, va plutôt chercher la bassine et la cruche d’eau, je vais me laver dehors. »

Elle n’en croyait pas ses yeux, son homme vivant là devant elle. Elle fit le plus vite possible pour lui apporter ce qu’il avait demandé et elle prit un précieux morceau de savon et un grand drap en coton pour le sécher. Ses yeux brillaient, elle pleurait et riait en même temps. Depuis longtemps les enfants n’avaient pas vu leur mère comme ça, ils ressentaient sa joie.

Le soir au lit après les retrouvailles, le Pierrot remercia Louisia Claudia pour la tenue de la ferme et des enfants. Malgré la guerre, ils grandissaient, il avait été heureux de pouvoir prendre Victor le petit dernier dans ses bras. Il ne l’avait encore jamais vu. Il avait trouvé les deux autres bien changés. Au début, ils étaient tout intimidés puis ils s’étaient détendus, l’embrassant de tout leur cœur avant d’aller se coucher, par contre il avait trouvé que son beau-père et sa belle-mère avaient terriblement vieillis.

Ils n’avaient que trois jours pour être l’un avec l’autre, ils en profitèrent le plus possible malgré les obligations de la ferme. Trois jours de bonheur dans la tourmente. Quand il partit à nouveau, le cœur de Louisa Claudia était en miettes, elle aurait voulu lui crier de rester encore et encore !

 

A suivre….

Vos commentaires

1 Le Mercredi 9 Janvier 2008 à 13:04 GMT+2, par MCM

Cette nouvelle est passionnante, attendons la suite!!

2 Le Jeudi 10 Janvier 2008 à 20:08 GMT+2, par loulou

tout simplement ça me plait

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