Opus LXXVII Lousia Claudia 12 (fin)
Il ne pouvait rien faire, il fallait se rendre à l’hôtel-dieu de
Thonon-les-Bains, à la ville, c’était très grave. Louisia Claudia avait fait
appel à l’ancien maréchal Ferrand dit "Le gros Marcel" qui possédait encore un
attelage. Ils mirent plus de deux heures pour arriver et le destin fut encore
cruel. Une fois à l’hôpital, le médecin ne peut que constater le décès, il était
encore chaud et semblait dormir. En l’apprenant, elle hurla son désespoir, sa
douleur, toutes ses douleurs étaient réunies dans ses cris. Ella avait déjà
tant souffert, comment allait-elle réussir à poursuivre sa vie maintenant ?
Son fils Jean était au côté de la mère, elle s’y rendait tous les jours, elle continuait pour la Jeanne et pour le Victor et aussi pour le bébé qui était dans son ventre. La dernière permission de son homme avait porté ses fruits. Au début elle pensait que c’était suite au décès de son aîné qu’elle avait tous ses vertiges, toutes ses nausées, mais non les choses se confirmaient jours après jours, elle était prise. Elle ne savait même si elle en était contente ou pas, c’était, point. Elle se devait à sa famille, elle s’oublia complètement, ne vivant que pour faire survivre les siens.
Et c’est le trois décembre dix neuf cent seize que la terrible nouvelle tomba. Le maire et deux gendarmes étaient à sa porte, Louisia Claudia comprit immédiatement, elle mit instinctivement ses mains sur son gros ventre, elle devait accoucher le mois suivant. Le Pierrot savait pour la mort de l’aîné mais il était au courant aussi pour le bébé. Il était fier de cette future naissance malgré la guerre. A l'annonce de la nouvelle, la tête se mit à lui tourner, elle vit tout noir et puis plus rien.
Le soldat d’artillerie Pierre Dubois époux de Lousia Claudia Bellentre mort pour la France sur le champ d’honneur le 1er décembre dix neuf cent seize.
Elle avait entre ses mains la dernière lettre de son mari qui venait juste d’arriver. Elle était assise sur sa tombe, une toute neuve. Dans l’autre, il restait la place du père qui irait bientôt rejoindre la mère. Le curé lui avait donné les derniers sacrements hier soir, des voisines le veillaient. Il ne parlait et ne mangeait presque plus depuis la mort du Pierrot. Elle était restée auprès du père toute la nuit mais en ce début de matinée, elle avait besoin de se rendre sur la tombe de son Pierrot. Cette tombe était à eux deux, un jour, elle sera là à ses côtés, plus rien ne pourra alors les séparer. Sa petite était avec une voisine, elle avait trois mois maintenant, et, c’était tout le portrait de son père. Elle se nommait Pierrette. Il ne lui restait plus qu’à continuer sa vie, à élever ses trois enfants et à faire tourner la ferme seule.
Epilogue :
Son fils Victor survécut à la seconde guerre mondiale, il devint vigneron, un vigneron connu dans la région, il épousa une jeune paysanne ayant beaucoup de terres. Ils eurent trois garçons. La Jeanne était devenue couturière, elle avait des mains en or, elle partit sur Genève où elle rencontra son futur époux, un tailleur, il confectionnait des costumes comme personne. Tous deux prirent une boutique, ils n’eurent jamais d’enfants. Pierrette resta au pays, c’est elle qui reprit la ferme avec son mari le Fernand. Un brave gars costaud et travailleur, il transforma tout et travailla avec des techniques plus modernes. C'était un bon ménage et brave avec Louisia Claudia, ils eurent quatre enfants. Le mariage de ses enfants et la naissance de ses sept petits-enfants adoucissèrent ses dernières années d’existence. Elle porta le deuil de son Pierrot jusqu’à son dernier souffle. Elle mourut en dix neuf cent soixante cinq, le 5 août. Toujours levée tôt, c’est en épluchant des pommes de terre qu’un matin, sa fille la trouva sans vie…
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Louise dit | Bonjour, |
Mandy dit | Coucou, |
MCM dit | J'ai adoré cette nouvelle Louise, un hommage à toutes ces veuves de la guerre. |
hauteclaire dit | Bonjour Louise, |
loulou dit | Trop beau, très bien écrit j'adore |






