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Louise

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Ce blog est une invitation sur le chemin des nouvelles, des contes, et de la poésie. Si un regard peut créer l'univers les mots peuvent le transcender. Il y a aussi des collages, de la sculpture, des pensées. Avec toutes mes amitiés. Louise (tous les textes sont protégés par copyright)

Opus LXXIX Pourquoi ce jour là ?

Mercredi 16 Janvier 2008, 18:15 GMT+2Par LouiseCet article a été lu 0 fois

 
Tout s’était écroulé sur Annie, elle se retrouvait nue dans sa baignoire avec des gravats au-dessus d’elle.

Elle avait pourtant minutieusement tout programmé.

Cachets divers, une bouteille de whisky pleine, des lames de rasoir neuves.

Vingt ans déjà qu’elle se battait contre une dépression.

Ce matin devait être son dernier…

Avec grande rigueur telle une sportive de haut niveau.

Elle s’était préparée.

Elle était épilée de près, crémée, coiffée, maquillée.

Sa maison était nette, elle avait traquée le moindre grain de poussière, tout sentait le propre. Les placards étaient rangés, un délicieux repas de midi attendait dans le frigo pour son mari et ses trois enfants.

Elle avait même changé la litière du chat et arrosé les plantes.

Un beau pyjama blanc en soie avec des pantoufles assorties, un soutien-gorge et une culotte également en soie de la même couleur étaient prêts pour l’habiller une fois morte.

Elle voulait pouvoir se reposer dans l'éternité avec élégance.

Les lettres attendaient en file indienne sur le meuble de l'entrée.

Une pour son mari,

Une pour ses enfants,

Une pour sa sœur.

Toutes les explications étaient à l’intérieur pour l’enterrement.

Chacun savait ce qu’il devait faire.

Il n’y avait pas les raisons de son geste.

Pas de demande de pardon, non plus.

Juste un « au revoir poli ».

Elle était restée allongée dans sa baignoire un moment comme dans un hall de gare, en attente de son train.

Elle n’avait pas été impatiente de mourir...

Et les murs étaient tombés avec fracas sur elle.

Annie se retrouva au sous-sol de sa maison toujours dans sa baignoire mais sous une montagne de béton.

Emmurée vivante.

Elle n’avait pas encore pris ses médicaments, ni bu son whisky, ni même ouvert ses veines.

Elle ne voyait presque plus rien tant il y avait de poussière, elle avait du mal à respirer.

Elle ne pouvait pas faire un seul geste, elle sentait un liquide chaud lui couler sur le visage, elle avait le goût du sang dans la bouche, une terrible douleur à sa jambe droite et à son pied gauche.

Elle perdit connaissance.

Quand elle se réveilla.

Elle se crut dans un cauchemar.

Elle allait donc mourir ?

Annie se mit alors à hurler :

« Au secours ! Au secours ! Au secours ! ».

Elle voulait qu’on la sorte de là.

Annie voulait « vivre ».

Et son mari à la banque ?

Et ses enfants au lycée ?

Et sa sœur à l’hôpital ?

Des larmes coulèrent le long de ses joues, des spasmes la prirent.

Toujours aucun bruit.

A part ses dents qui claquaient, ses mains qui tremblaient et son cœur qui battait à toute vitesse.

Rien, rien.

Plutôt tout.

Elle avait affreusement peur d’être enterrée vivante.

Annie était punie.

C’était le plus horrible des châtiments.

Elle navigua un temps indéfini entre les limites de la vie et de la mort dans un silence qui ressemblait à une mer qui l’engloutissait.

Instinctivement, elle s'était mise dans une sorte de catalepsie, son corps était mort mais son esprit vivait.

Elle se revit enfant avec ses parents, adolescente puis les jours de son mariage et de la naissance de ses enfants.

Elle revécut plein de moments riches en émotions, heureux.

Telle une alpiniste chevronnée, elle s’accrocha à la vie…

Les pompiers arrivèrent à temps.

A l’hôpital, elle retrouva tous les siens sains et saufs.

Il y avait eu un glissement de terrain dans sa commune.

Il n’y en n’avait jamais eu à cet endroit !

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Cet article a été commenté 5 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

$!l@$ dit

ça fait frémir ton histoire
c'est très bien vu
le fossé entre celui qui choisi le moment de sa mort et celui auquel la mort s'impose
c'est pour ça que je me dis toujours que les personnes qui se suicident sont moins lâches que celles qui attendent comme si de rien était même si le suicide traduit un profond chagrin et est un appel au secours....à méditer!!!
biz

Jeudi 17 Janvier 2008, 13:21 GMT+2 | Retour au début

C'est si vrai....Il faut toujours qu'il arrive quelque chose d'important pour se rendre compte de la chance qu'on a de vivre.

Jeudi 17 Janvier 2008, 15:31 GMT+2 | Retour au début

Pouvoir choisir quand et comment est un luxe!
Néanmoins, c'est au moment où on peut perdre la vie, que sa richesse apparait.
Beau récit. J'aime bien les fins heureuses!
Bisous

Dimanche 20 Janvier 2008, 07:45 GMT+2 | Retour au début

loulou dit
MCM dit

Le destin fait bien les choses quelquefois!

Dimanche 20 Janvier 2008, 21:34 GMT+2 | Retour au début