Opus LXXIX Pourquoi ce jour là ?
Tout s’était écroulé sur Annie, elle se retrouvait
nue dans sa baignoire avec des gravats au-dessus d’elle.
Elle avait pourtant minutieusement tout programmé.
Cachets divers, une bouteille de whisky pleine, des lames de rasoir neuves.
Vingt ans déjà qu’elle se battait contre une dépression.
Ce matin devait être son dernier…
Avec grande rigueur telle une sportive de haut niveau.
Elle s’était préparée.
Elle était épilée de près, crémée, coiffée, maquillée.
Sa maison était nette, elle avait traquée le moindre grain de poussière, tout sentait le propre. Les placards étaient rangés, un délicieux repas de midi attendait dans le frigo pour son mari et ses trois enfants.
Elle avait même changé la litière du chat et arrosé les plantes.
Un beau pyjama blanc en soie avec des pantoufles assorties, un soutien-gorge et une culotte également en soie de la même couleur étaient prêts pour l’habiller une fois morte.
Elle voulait pouvoir se reposer dans l'éternité avec élégance.
Les lettres attendaient en file indienne sur le meuble de l'entrée.
Une pour son mari,
Une pour ses enfants,
Une pour sa sœur.
Toutes les explications étaient à l’intérieur pour l’enterrement.
Chacun savait ce qu’il devait faire.
Il n’y avait pas les raisons de son geste.
Pas de demande de pardon, non plus.
Juste un « au revoir poli ».
Elle était restée allongée dans sa baignoire un moment comme dans un hall de gare, en attente de son train.
Elle n’avait pas été impatiente de mourir...
Et les murs étaient tombés avec fracas sur elle.
Annie se retrouva au sous-sol de sa maison toujours dans sa baignoire mais sous une montagne de béton.
Emmurée vivante.
Elle n’avait pas encore pris ses médicaments, ni bu son whisky, ni même ouvert ses veines.
Elle ne voyait presque plus rien tant il y avait de poussière, elle avait du mal à respirer.
Elle ne pouvait pas faire un seul geste, elle sentait un liquide chaud lui couler sur le visage, elle avait le goût du sang dans la bouche, une terrible douleur à sa jambe droite et à son pied gauche.
Elle perdit connaissance.
Quand elle se réveilla.
Elle se crut dans un cauchemar.
Elle allait donc mourir ?
Annie se mit alors à hurler :
« Au secours ! Au secours ! Au secours ! ».
Elle voulait qu’on la sorte de là.
Annie voulait « vivre ».
Et son mari à la banque ?
Et ses enfants au lycée ?
Et sa sœur à l’hôpital ?
Des larmes coulèrent le long de ses joues, des spasmes la prirent.
Toujours aucun bruit.
A part ses dents qui claquaient, ses mains qui tremblaient et son cœur qui battait à toute vitesse.
Rien, rien.
Plutôt tout.
Elle avait affreusement peur d’être enterrée vivante.
Annie était punie.
C’était le plus horrible des châtiments.
Elle navigua un temps indéfini entre les limites de la vie et de la
mort dans un silence qui ressemblait à une mer qui l’engloutissait.
Instinctivement, elle s'était mise dans une sorte de catalepsie, son corps était mort mais son esprit vivait.
Elle se revit enfant avec ses parents, adolescente puis les jours de son mariage et de la naissance de ses enfants.
Elle revécut plein de moments riches en émotions, heureux.
Telle une alpiniste chevronnée, elle s’accrocha à la vie…
Les pompiers arrivèrent à temps.
A l’hôpital, elle retrouva tous les siens sains et saufs.
Il y avait eu un glissement de terrain dans sa commune.
Il n’y en n’avait jamais eu à cet endroit !
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$!l@$ dit | ça fait frémir ton histoire |
Ptitboudevie dit | C'est si vrai....Il faut toujours qu'il arrive quelque chose d'important pour se rendre compte de la chance qu'on a de vivre. |
hauteclaire dit | Pouvoir choisir quand et comment est un luxe! |
loulou dit | |
MCM dit | Le destin fait bien les choses quelquefois! |






