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Louise

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Ce blog est une invitation sur le chemin des nouvelles, des contes, et de la poésie. Si un regard peut créer l'univers les mots peuvent le transcender. Il y a aussi des collages, de la sculpture, des pensées. Avec toutes mes amitiés. Louise (tous les textes sont protégés par copyright)

Opus LXXXVII Intemporel

Lundi 28 Janvier 2008, 17:28 GMT+2Par LouiseCet article a été lu 0 fois

 
Au dessus de ma tête je perçois comme une violente tempête par un grand jour d’orage en mer. J’entends les voix de la foule qui hurle, je me laisse entraîner par les notes puissantes qui déferlent par vagues sur la scène.

Il n’y a pas que mes oreilles qui soient sollicitées, mes narines, aussi se font témoins de l’odeur de la poudre, de la sueur, de la peur et de l’espoir.

C’est un ballet composé d’hommes et d’une seule femme qui déboule avec fracas, héros d’un jour sur le pavé de Paris. Dans une sorte de lumière parfaite au milieu de tous, elle surgit de toute sa hauteur telle une danseuse étoile.

Son ossature est forte proclamant son appartenance toute entière au peuple. Elle est coiffée d’un bonnet phrygien en mouvement, le devant s’envolant, accompagnant sa démarche triomphante. Quelques mèches de ses cheveux flottent sur sa nuque. Son impulsion est si puissante qu’elle en est terriblement vivante, prête même à sortir du spectacle.

Elle transpire la fougue, la révolution !

Elle est toute à la fois, les sans-culottes et la souveraineté du peuple. Son bras droit élevé porte avec vigueur un drapeau bleu, blanc, rouge qui ondule gracieusement en l’arrière sur un fond sombre offrant ainsi un relief évocateur.

Elle détient l’étendard, la flamme de son pays, la France.

Sa taille lourde est serrée par une ceinture double qui serpente sur le côté de sa hanche droite. Son costume jaune est une mine de plis, de creux, de drapés, la perpétrant jumelle d’une grande divinité de la Grèce Antique. Le bas de sa robe relevée laisse entrevoir une cheville bien campée sur le sol, et, en même temps prête à bondir en avant vers la conquête.

Elle porte dans ses mouvements la fièvre de la victoire, l’assurance de l’absolue certitude d’être dans l’authentique. Elle chante que le lendemain lui appartient. Dans son cœur ses sentiments patriotiques triomphent.

A tel point, qu’elle ne pense plus à sa pudeur, elle est au-delà de sa personne, c’est son personnage qui a sa précellence. Elle dévoile ses seins hauts et fermes vers la lumière de ce jour extraordinaire, elle offre sa pilosité naturelle le bras gauche levé conduisant la foule des révolutionnaires.

Elle allie le sacré et le profane.

Elle est animée d’un visage de profil qui dévoile une personnalité exceptionnelle. Elle a un nez grec, une bouche gourmande, un menton délicat et un regard brillant de mille feux sous les lampes du succès. Elle est résolue face à tous ses hommes, elle porte en elle la vraie noblesse qui donne une ampleur grandissime à la colère de la rue.

Sa rage explose de tous les pores de sa peau.

En tant que spectatrice, je ressens des frissons me parcourir sur tout le corps. Le simple fait de penser qu’un danseur révolté ou l’étoile elle-même puisse recevoir une balle m’effraye.

A cet instant précis un phénomène particulier se produit, sa révolte me gagne, je suis entraînée telle une débutante à faire des mouvements à la barre face à une glace. Me voici au milieu de ces héros improvisés, marchant, rampant, grimpant, me coulant, m’allongeant face à l’ennemi. Comme eux, mes armes sont des morceaux de fer émanchés dans des manches à balai, des sabres et des pierres à la main.

Je suis le mouvement, le rythme musical et la chorégraphe.

Le fusil à baïonnette d’infanterie que cette égérie serre dans sa main gauche me frôle la pommette droite. Je ressens la rudesse de l’arme, je suis alors effroyablement vivante. Comme elle, mon cœur palpite vigoureusement dans ma poitrine.

Il y a à nos côtés deux gamins de Paris qui se sont courageusement portés volontaires pour la bataille.

L’un à notre gauche est agrippé aux pavés avec des yeux dilatés tel un chat dans la nuit poursuivant un petit rat dans les dédales d’un opéra. Celui de droite, trente ans plus tard deviendra célèbre sous la plume de Victor Hugo dans les Misérables et restera à jamais le symbole de la jeunesse en pleine révolte.

Je suis avec eux, j’avance de face, je n’ai pas de giberne bien trop grande en bandoulière, ni le pistolet de cavalerie dans mes deux mains mais comme le célèbre gamin de Paris, j’ai le pied droit en avant, le bras gauche à l’arrière et le bras droit en avant.

J’appartiens toute entière au corps de balai, tous en chœur nous sortons des cris de nos bouches grandes ouvertes, nous hurlons notre courroux.

Cet acte puissant est porté par un torrent de couleurs, d’odeurs, de bruits, de mouvements. Ce tableau est extrêmement pathétique et terriblement calme à la fois, si proche de la vie et de la mort.

Danse sacrée du beau, du laid, du tragique et de l’espoir. Je suis une héroïne prise d’une ferveur romantique. Cet élan porte la troupe au-delà des barricades, par-dessus des cadavres dépouillés de leur pantalon, les bras étendus et la tunique retroussée, la face contre terre, agonisants.

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Cet article a été commenté 3 fois | Ajouter un commentaire | Revenir en haut | Aller en bas

loulou dit

Superbe!!!!J'aime ta façon de décrire les choses, on se plait à les imaginer. Bien des bisous

Lundi 28 Janvier 2008, 20:40 GMT+2 | Retour au début

Bonjour Louise,
un peu en retard cette semaine dans ma lecture de vos écrits.
Votre "peinture de la peinture" est l'image du souffle épique qui guida le pinceau. Un grand moment de révolution et de liberté.
Amitiés, passez une bonne journée

Mardi 29 Janvier 2008, 09:26 GMT+2 | Retour au début

franck dit

De la plume à la caméra il n'y aurait qu'un pas non ?
;-)

Mercredi 30 Janvier 2008, 13:01 GMT+2 | Retour au début