Opus XCII L'aînée ! (début) 1
Mes parents ne pensaient certainement pas à ce que je m’incruste dès la première fois, toute à la découverte d’être ensemble. Quand ils me conçurent, ils ne me désiraient pas vraiment…
Je fus non désirée mais gardée. Ma mère catholique pratiquante ne pouvait envisager autre chose, elle était mariée, elle aimait mon père et puis surtout c’était comme ça !
Elle s’était mariée « vierge » à vingt et ans pile et elle savait qu’elle devait accepter les enfants de cette union.
« Autant que le Bon Dieu en voudra, et, il voulut de moi, « Paulette » en premier. »
Je compris d’ailleurs rapidement que je ne bénéficierai pas très longtemps des largesses affectives de ma mère. De façon instinctive, je me fis naturellement l’aînée d’une tribu. Je n’étais que le premier maillon d’une longue chaîne. Ma mère avec régularité accouchait avec une sorte d’innocence, et, d’obéissance à la règle suivante :
« Croisez et multipliez ».
Un, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq, jusqu’à quatorze. Oui, vous lisez bien quatorze enfants en vingt et un ans de vie conjugale, et, cela ne se serait certainement pas arrêté là, si un médecin n’avait pris l’initiative au cours de l’accouchement de « mon dernier petit frère » de faire ce qu’il fallait. Il parla longtemps avec mon père qui donna son accord des bouts des lèvres. Ma mère était usée, depuis ses quatre dernières grossesses, elle n’avait eu que des soucis de santé, et, surtout elle avait fait de graves hémorragies après les accouchements.
A chaque fois qu'elle était de nouveau enceinte j’avais peur pour elle, j’avais peur qu’elle ne meure et qu’elle nous quitte, qu’elle me quitte. Je l’aimais tant ma petite maman. Elle représentait tout pour moi. Je n’ai appris cette intervention que des années plus tard lorsqu’au cours d’une conversation plus intime que les autres, ma mère me délivra son secret. Le docteur Giraud lui avait retiré son utérus. Elle ne pouvait donc plus avoir d’enfants, et, c’est ce jour là aussi que j’appris que mon père plus jamais ne l’avait touchée.
La loi de Dieu était inscrite en lui, il ne devait pas faire l’amour à sa femme pour le plaisir mais pour procréer. Ma mère ne le pouvant plus, mon père s’abstint. Leur vie conjugale s’était arrêtée là. Ma mère n’avait pas eu son mot à dire, ni dans la décision de son intervention, ni dans l’absence de rapports intimes. C’était mon père le seul guide.
Moi, je remercie de tout mon cœur ce médecin courageux qui a su parler à mon père car peut-être n’aurais-je plus eu de mère ? Ou peut-être Dieu aurait-il prit pitié d’elle, en ne lui infligeant plus d’autres enfants de façon naturelle ? Ou peut-être au contraire aurais-je eu d’autres frères et sœurs ? Je ne le serai jamais…
A suivre...






