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Opus XCVIII Le rideau de mes illusions !

 
Je croyais savoir qui elle était, elle m’avait mise au monde et elle s’était occupée de moi petite et adolescente. Mon enfance n’avait pas été vraiment rose mais j’avais ce que l’on appelle de l’optimisme à revendre et surtout tellement d’amour pour elle que je n’avais pas voulu voir la réalité. Du coup, j’ai grandi comme si, comme ça, pas toujours bien nourrie, pas toujours bien lavée mais j’avançais quand même.

Cette femme que je nommais « maman » devait bien l’être puisque tout le monde s’entendait là-dessus.

« Tu dois écouter ta maman, faire ce qu’elle te demande, être une brave petite fille. »

Et comme personne de mon entourage, ni mon père, ni mes oncles et tantes, ni voisins pourtant proches ne semblaient trouver les taloches à répétitions, les brimades, les vexations ou son indifférence anormales. Je me disais que cela devait être le lot de tous les enfants ou que peut-être que je n'étais pas assez sage, alors je m'appliquais toujours à lui faire plaisir sans jamais vraiment y réussir.

Dans ma petite tête qui devait être solide, vu le nombre de baffes reçues, je pensais.

« Un jour, elle fera attention à moi, un jour j’aurai droit à un baiser, un jour, elle me dira qu’elle m’aime pour de vrai, je croyais tout ça, je pleurais souvent mais en même j’espérais tout le temps ».

Pas une minute de ma vie je n’avais vraiment cru qu’elle n’avait aucun sentiment pour moi. Peut-être une sorte d’autodéfense, un bouclier pour survivre.

Un jour en me rendant au lycée j’ai assisté à un très grave accident de la route, j’avais pour la première fois de ma vie prit rendez-vous avec la mort en direct. J’étais donc totalement bouleversée, plus pâle qu’un fantôme en arrivant sur le pas de la porte de chez moi, je frappais avec les forces qui me restaient. Maman m’ouvrit, pas un seul regard puis de dos, elle était déjà partie à la cuisine, elle beugla très fort.

 « T’es déjà là, et l’école alors ! ».

Le cœur et l’esprit en miettes, je lui murmurai en pleurs.

« Maman, je ne peux pas y aller, j’ai vu un accident horrible, une petite fille est morte devant mes yeux. »

Un torchon à vaisselle à la main toujours de dos, elle me cria de nouveau bien fort.

« C’est quoi ça, t’es pas une mauviette, moi, j’ai fait la guerre, les allemands ils m’ont mis un révolver sous la tempe, alors tu t’en remettras, je ne veux pas en entendre parler et puis tu vas retourner au collège, c’est pas pour si peu que tu vas manquer l’école. »

Je courus vomir, vomir, et encore vomir…

En me relevant de la cuvette des toilettes, ma tête me tournait mais je n’étais plus la même, j’étais en quelques instants devenue « une jeune fille sans illusion ». Mon cartable à la main comme une automate, je repris le chemin de l’école.

Je ne vis rien de la route, seules mes jambes me guidaient mollement vers le collège ou vers un ailleurs. Je ne savais plus mais en tout cas loin de cette femme que je ne devais plus jamais appeler de ma vie « maman ». Jusqu’à ce jour je lui avais pardonné bien des choses, bien des pleurs, sa grande dureté, son indifférence, sa méchanceté mais c'était terminé.

Au travers de mes larmes, je voyais « enfin sa vraie nature », son manque total d’affection, d’attentions. Depuis ma naissance, je m’étais leurrée, aveuglée que j’étais par un terrible besoin d’amour. J’aurai pu mourir ce jour là, en fait « la petite fille qui était en moi était morte » emportée avec celle qui était restée couchée sur la route écrasée par un camion. Je n’étais plus qu’une enveloppe charnelle avec une âme brisée.

Je ressentais tous les coups, toutes les claques d’affilées qu’elle m’avait donnée dans ses moments de folie, pour rien le plus souvent. A six ans, je m’étais retrouvé en sang, les lèvres et la langue coupée. Je n’avais pas pu manger pendant plusieurs jours. Tout en marchant, j’avais mal à mes cheveux, à ma tête, je ressentais tous les escaliers en béton de la maison dans mon dos, elle me les avait fait descendre en me tirant par les cheveux, je suffoquais en me rappelant tous les litres d’eau glacée qu’elle n’avait versée sur le corps pour me calmer. Je ressentais le goût du sang dans ma bouche, tous les coups du martinet sur  mon corps, toute sa haine me remplissait. Elle ne m'aimerait jamais, le rideau de mes illusions s’était déchiré, je voyais enfin cette femme telle qu’elle était et non pas telle que je voulais la voir. Maman était devenue « ma mère ».

Vos commentaires

1 Le Mercredi 20 Fevrier 2008 à 21:21 GMT+2, par MCM

Comment une mère peut-elle se comporter de cette manière!!

2 Le Samedi 23 Fevrier 2008 à 12:37 GMT+2, par foise

coucou , Louise , je sais comme il est difficile de ce construire, quand une mère oublie d'aimer son enfant, la mienne je l'appelais Folcoche. Toi qui aime lire, tu sais vipère au poing , c'était poignant, aussi je t'embrasse. Courage nous sommes battantes.

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