Au lieu des larmes
Aujourd’hui je tiens à vous parler d’un ouvrage que j’ai découvert entre le fromage et les légumes. Tout en faisant mes courses, j’aperçus de loin un immense cabas remplis de livres. Vous pouvez imaginer ce que cela représentait pour moi. Je n’avais pas évidemment terminé mes achats de la semaine mais bon, le cœur n’attend pas. Je me dirigeai donc vers cette montagne de livres à trois euros. Oui, vous lisez bien trois euros. Mes mains fébriles cherchaient le livre.
Je vais vous faire une petite confidence. J’en ai
toujours onze d’avance. Pourquoi onze, je ne sais pas ! Mais c’est comme
cela depuis des années. Je me passerai plus facilement de manger que de lire.
Il n’y a d’ailleurs bientôt plus de places pour les mettre. Je dois envisager
sérieusement l’achat d’une nouvelle bibliothèque. Alors pourquoi pas un
douzième. Quand on aime, on ne compte pas ! Et là je vis dans un coin, presque
maltraité un livre à la page bleue nuit intitulé « Au
lieu des larmes ».
Je regardais le nom de l’auteur
Eric Halphen. Je ne le connaissais
pas mais je notais que ce livre était à caractère autobiographique, qu’il révélait
tout à la fois un fils en deuil et un écrivain. Cela me toucha énormément.
Voici ce qui est écrit au dos du livre.
« Ma mère.
Sa manière unique de.
Se mettre sur le pas de la porte pour profiter jusqu’au dernier moment se ses visiteurs, comme si elle risquait de ne plus les revoir.
Pouffer de rire telle une enfant.
Aller faire ses courses de bon matin, de sa démarche dynamique et volontaire.
Ronfler devant la télé, allongée sur le canapé, les pieds protégés par de grosses chaussettes.
Dire qu’il ne faut pas lui faire de cadeau pour son anniversaire.
Manger en s’en mettant partout.
Paraître toujours surprise qu’on l’appelle, qu’on pense à elle.
S’étendre sur une serviette dans le jardin, un journal en main, pour prendre le soleil.
Ponctuer par un Taïch…chacun de nos éternuements.
Râler mais faire.
Aimer, à la fois dans l’abandon et dans l’envahissement.
Vivre dans le danger et
l’intranquillité. »
Aux premières lignes j’aime, il y a tout à la fois la recherche de l’écriture, un style grave mais pas trop, le ton est juste.
« Bien sûr, tant en littérature que dans la vie, c’est toujours difficile de réussir son début, j’opte à dessein pour le singulier, périlleux donc, savoir où commencer exactement, chercher les premiers signes, les prémices, guetter les intuitions ou les certitudes, taper juste, refaire l’histoire ».
« Quand j’arrive dans sa chambre, deux aides-soignantes sont en train de la porter du fauteuil au lit. Dans le mouvement, son pull remonte et lui dévoile un sein. Elle, toujours si pudique, feint de ne pas le remarquer, mais je sais qu’elle souffre de cette demi-nudité dont est témoin son fils. »
L’auteur parle également avec amour de son père déjà parti, de toute sa famille, d’avant, de maintenant, de la rencontre de ses parents, du métier de journaliste de sa mère dans un grand magazine. Et, surtout de ce terrible verdict implacable, sa mère est atteinte de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. Il sait que sa mère ne se verra pas partir, mais face à une telle nouvelle il n’y a rien à dire. Il réalise sans réaliser comme nous tous. Je me revois à l’annonce de la maladie de mon père, comme Eric Halphen je me suis cachée sous une pesante insouciance…
Ce livre est passé avant tous les autres…
A découvrir de toute urgence…
Par Louise, Lundi 3 Mars 2008 à 16:02 GMT+2 dans Histoire d'une vie (article, RSS)






