En cette matinée fraîche mais ensoleillée le premier livre qui me tend les bras est l'ABCdaire de Colette au édition Fammarion de Guy Ducrey.
Un hasard sûrement pas.
Une des premières pages est saisissante de grâce et de beauté voire de volupté. Colette jeune est allongée sur un divan. Elle regarde le photographe dans une pose subjective et volontaire. Elle est magnifiquement drapée, elle laisse deviner le haut de ses épaules, des ses seins, ses bras, ses mains et, une partie de sa jambe droite et de ses pieds.
Son regard est sublime et j'ai le désir de vous raconter un peu d'elle à vous mes amis.
Je sais je risque de répéter la légende qu'elle a bien voulu livrer d'elle-même.
Ce sera donc Sido, mère inoubliable au milieu des fleurs et de ses animaux familiers, puis le jardin d'une enfance à Saint-Sauveur en Puisaye, l'école élémentaire et ses aventures délurées, avant le mariage à vingt ans et le choc de Paris en 1893.
Ainsi prise je poursuivrai avec le méchant Willy, exploiteur de talents et coureurs de jupons, le triomphe retardé des Claudines abusivement signés par le mari, et l'affranchissement par la pantomine en 1906. Puis il y aura les périodes des amours lesbiennes avec Missy et des scandales jusqu'à la vagabonde en1910, ensuite je vous montrerai Colette en baronne de Jouvenel, colette maman, Colette à la guerre. Colette triomphante avec chéri en 1920 et le blé en herbe en 1923. Colette en Phèdre rayonnante, amoureuse de son beau-fils, un jeune homme de dix-huit ans. Après je vous parlerai de la gloire conquise et reconnue : La maison de Claudine, Sido, La chatte qui valurent à l'écrivain l'adulation de tous, et même des réticents de la première heure. Pour terminer je vous dirai le mot pompeux de "gloire nationale", attestée par des obsèques en 1954 qui en effet furent nationales. Eh! bien non je vais très partiellement à coups de citations, d'exemples, vous traduire très simplement mon émerveillement pour cette femme.
Ecrire pouvoir écrire cela signifie le griffonnage inconscient, les jeux de la plume qui tourne en rond autour d'une tache d'encre, qui mordille le mot imparfait, le griffe, le hérisse de fléchettes, l'orne d'antennes, de pattes, jusqu'à ce qu'il perde sa figure lisible de mot, mué en insecte fantastique, envolé en papillon-fée...
Matérialité merveilleuse de l'écriture !
Elle semble avoir conservé le pouvoir enchanté que lui donnaient nos abécédaires.
En hommage à Colette, je vais tenter d'écrire sur les mots dons, mains, plume et encre.
Don
Quand je pense à ce mot si puissant, il me semble que je ressens au fond de mon âme comme une musique cantique d'où les notes se feraient fleurs aux mille couleurs, aux mille senteurs, ce serait un tableau du printemps.
Mains
Ce sont un feu d'artifices de douceur, de tendresse, de violence aussi, ce sont les creux et les pleins de notre vie, jointes, séparées, elles peuvent nous conduire vers les autre ou vers nous-même, elles cristallisent notre personnalité.
Plume
Elle est la bouche de nos mots, l'oreille du son de la narration, elle nous entraîne dans des histoire fantastiques, romantiques, historiques, policières. De son audace, elle signe son style, sa verve, son élégance, sa soif d'exister, elle vous prend tout entière.
Encre
C'est un lac gourmand parfois noir, agité, impétueux, mais aussi doux, tendre, savoureux. C'est le fluide de la vie sur les parchemins de l'existence, c'est les traces de notre aventure d'écolier et d'écrivain.
A suivre...