Le visage dans le miroir

Depuis plusieurs jours Astride cherchait des vieilles photographies, en effet son fils allait se marier prochainement et elle désirait faire un montage du début de sa vie jusqu’au jour de ses fiançailles.
Elle en avait déjà quelques unes mais elle se souvenait d’une en particulier, une qui avait une grande signification pour elle. Son fils dans les bras de sa mère. Sa mère qui était décédée sept jours exactement après la naissance de son fils.
Astride passa des mois terribles tant sa douleur fut forte.
Elle remua ciel et terre, sans rien trouver.
En fin d’après-midi les larmes aux yeux, elle se posa sur un des vieux sièges élimés du grenier.
C'est à cet instant précis qu’elle ressentit comme une gêne dans son dos, elle se leva et elle vit un très vieux miroir debout en hauteur droit sur le haut du fauteuil.
Il faisait maintenant si sombre et elle était si épuisée qu’elle n’y avait pas prêté attention. Elle le prit dans ses mains,et se regarda.
Elle vit son visage qui n’a plus rien à voir avec celui que sa mère avait connu.
Il n’était plus celui d’une jeune fille ni même celui d’une vieille femme, il était entre ses deux âges ou la fatigue s'ajoute au quotidien insidieusement.
Astride resta longtemps à se regarder en fait ce n’était plus elle qu'elle voyait dans le miroir mais sa peine toute entière.
Sa peine si profondément enfouie qu'elle aurait pu la croire oubliée à jamais.
Chaque jour depuis tant d’années, elle jouait le rôle de la femme et de la mère heureuse malgré une profonde blessure.
Sa peine sur son visage prenait la forme d’un corps bras ouvert avec des yeux à l’intérieur, son nez devenait son ventre et sa bouche son sexe, ses jambes étaient croisées dessus.
Ses mains immenses cachaient ses oreilles et son visage d’enfant ressortait au-dessus de ses sourcils. Elle était gravée dans son propre visage comme crucifiée.
Des émotions étranges et extrêmement douloureuses la submergèrent, elle partit dans un autre temps, dans un tourbillon de sensations, de vertiges.
Elle comprit avec quelle force elle se rejetait, avec quelle intensité, elle avait de la haine envers elle.
Son esprit lui renvoyait tout ce qu’elle ne voulait plus savoir de sa vie d'avant. Elle sentit avec précision les mains de son père sur elle, elle revit ses gestes obscènes, elle entendit ses mots vulgaires, elle sentit son haleine fétide et surtout tout le poids de son corps sur son corps.
Tout avait commencé le soir de son anniversaire,le jour de ses douze ans, elle était pourtant si heureuse, elle avait enfin eu ce vélo qu’elle désirait tant.
Son père depuis cette date était venu régulièrement dans sa chambre pour la violer jusqu'à la naissance de son fils.
L'enfant de son père !
Elle n’avait jamais osé en parler à sa mère, elle avait si peur que sa mère meurt, c'était ce que son père lui avait dit :
« Tu tuerais ta mère si tu parlais, tu comprends. »
Elle comprit pourtant que sa mère savait lorsqu'elle avait mis son enfant dans les bras de sa mère, elle avait lu alors dans ses yeux une terrible souffrance.
Alors pourquoi sa mère n’avait-elle jamais rien dit, rien fait ? Et pourquoi aujourd’hui tout ressortait-il dans ce miroir ?
Son père était mort depuis dix ans d’un cancer de la prostate sans jamais lui demander pardon.
Son fils ne savait rien, il se croyait l'enfant de Francis, son mari. Ses parents avaient fait vite pour la marier. Fallait-il temps qu’il sache ? Devait-elle lui dire la terrible vérité ?
Le miroir n'était-il pas la représentation non pas de l'oubli mais du pardon pour elle-même, n’était-il pas temps qu'elle vive, quelle connaisse un peu de bonheur ?
Jusqu’à présent elle n’avait pas eu d’autre choix mais aujourd’hui un nouveau chemin s'ouvrait à elle.
Elle resta assise encore longtemps, puis elle se leva.
Elle se dirigea directement vers une ancienne commode poussiéreuse, elle ouvrit un des tiroirs du fond et elle trouva la photographie de son fils dans les bras de sa mère.
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loulou dit | coucou, comme d'hab on commence, et on peut plus s'arrêter |
MCM dit | Quand on commence une histoire, elle est tellement prenante qu'on aimerait vite savoir si elle aura une fin heureuse. |
hauteclaire dit | Bonjour Louise; |






