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Louise

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Ce blog est une invitation sur le chemin des nouvelles, des contes, et de la poésie. Si un regard peut créer l'univers les mots peuvent le transcender. Il y a aussi des collages, de la sculpture, des pensées. Avec toutes mes amitiés. Louise (tous les textes sont protégés par copyright)

Un fils...

Lundi 7 Avril 2008, 08:00 GMT+2Par LouiseCet article a été lu 3 fois
 
 
 
Elle était si belle dans son berceau aux voiles blancs avec ses boucles brunes et ses yeux d’un bleu nuit, pourtant ses parents étaient affreusement déçus. Ils désiraient tant un garçon. Ils ne la regardèrent qu’à peine. Si ils s’étaient penchés sur elle avec plus d’attentions, peut-être auraient-ils remarqué une fente dans ses yeux comme celle des chats sauvages ?

Elle fut comme toutes les autres enfants jusqu’à ses sept ans. C’est lorsque ses parents apportèrent son gâteau d’anniversaire que sa première crise arriva. Jamais elle ne voulut souffler les bougies comme si les flammes lui faisaient extrêmement peur. Elle sortit de la salle à manger comme un animal pris au piège. Elle se rendit dans sa chambre et se mit à casser tous ses jouets avec une grande violence. Personne dans la maison n’en revenait. Ce ne fut qu’au bout de plusieurs minutes qu’elle se calma. Ses parents furent désarçonnés, ils ne la grondèrent même pas, ce fut Mariette, sa nounou qui lui expliqua que cela ne se faisait pas, que son comportement était inadmissible. Une fois sa sérénité retrouvée, elle pleura dans les bras de sa nurse, elle était redevenue la douce et la merveilleuse petite fille d’avant. Tout aurait pu s’arrêter là, mais voilà les crises devinrent de plus en plus fréquentes. Soit elle se cachait sous son lit en hurlant lorsque sa nounou ouvrait les rideaux de sa chambre, soit elle se terrait au fond des placards de la maison, soit elle se maquillait le visage avec de la terre, soit elle courait nus pieds le soir à la nuit tombée en hurlant, et, en tournant sur elle-même.

Rien ne s’arrangea lorsqu’elle fut en classe. Sans motifs apparents d’un seul coup, elle se mettait à crier, à gratter le sol comme pour se terrer. A bout les maîtresses la laissèrent le plus souvent dans un coin sombre au fond de la classe. Elle n’apprit pas grand-chose tout le long de son primaire. Sa rentrée en sixième ne fut possible que grâce à un gros chèque de ses parents à un pensionnat religieux réputé. Un temps, ses parents se crurent dans la bonne voie. Elle passa plusieurs mois sans de trop grosses crises et puis tout recommença.

Son magnifique visage d’ange se transformait, ses yeux de chats s’injectaient de sang, elle se tordait dans tous les sens. Une fois la crise passée, elle avait l’air hagard, elle était livide, et, sans aucune force. Des médecins de plusieurs pays se penchèrent sur son cas. Aucun diagnostic précis n’avait pu être fait, certains assuraient qu’avec la puberté tout s’arrangerait, d’autres préconisaient des bains très froids, un autre tout le contraire.

Malgré toutes ses étrangetés Maude devint une adorable jeune fille. Plus elle vivait aux abords du soir et plus sa beauté s’affirmait. Elle portait ses cheveux longs jusque sur ses hanches fines, son teint clair s’illuminait de mois en mois mais c’était surtout son regard qui captivait l’attention, ses yeux offraient à ceux qui les regardaient une sorte de couleur veloutée indéfinissable d’une noirceur envoûtante. Son maintien était d’une telle élégance qu’on aurait pu croire qu’elle sortait tout droit d’un livre de contes. Elle était d’une telle beauté que bien des prétendants se bousculaient à la porte de sa maison. Ses parents faisaient de leur mieux pour qu’elle rencontre un bon parti.

Pourtant durant toutes ses années, jamais ils ne s’en étaient vraiment occupés, d’abord ce fut la nounou Mariette puis les sœurs de Saint-Antoine et enfin une préceptrice à demeure mademoiselle Jacob. Jamais, ils n’avaient pris du temps avec elle que ce soit pour ses devoirs ou pour des jeux. Ni reproches, ni compliments, Maud reçut une éducation dans une indifférence totale, criante d’une plainte UNIQUE, quelle ne fut qu’une fille...

Un soir très tard vers minuit Maude se promena dans la forêt derrière la maison de ses parents, il n’y avait pas un seul nuage à l’horizon, rien qui ne laissait présager ce qui allait se passer. Tout le monde dormait depuis déjà plusieurs heures. Elle n’avait pas encore fermé un œil, tout son corps vibrait, elle sentait une sève étrange couler en elle, elle fut prise d’une envie terrible de marcher, de courir dans l’herbe humide. Il lui fallait l’air de la nuit, le goût du sang dans sa bouche à force de courir, tous ses membres criaient la liberté, elle avait un impérieux besoin de l’odeur des bois, de l’odeur des animaux. Elle voulait se rouler à même l’herbe, et elle avait des sensations dans son corps jusque là inconnues d’elle. Au cours de sa course folle après plusieurs heures d’errance dans une nuit profonde, grâce à ses yeux de chat, elle le vit.

C’était un homme étrange différent des autres hommes qu’elle avait rencontré jusque là. C’était comme une sorte d’animal, grand, fort, puissant, tout en muscles, avec une crinière plus qu’une chevelure, avec des pattes plus que des mains, avec des yeux aux regards sauvages. Il exhalait de son corps tout entier une odeur de terre, de bois, de brumes, de pluies et de sueur, une odeur enivrante. Ils se jaugèrent un long moment et sans aucune parole, ils s’accouplèrent.

Maud rentra chez elle à l’aube, il y avait longtemps que ses parents et sa gouvernante ne prêtaient plus attention à ses lubies. Abreuvée de cette soif de vivre elle passa la journée normalement, mais le soir venu, elle se trouva dans l’impérieuse obligation de retourner de nouveau vers cet homme. De nuits en nuits, elle devint sa chose, elle n’existait plus que pour leurs rencontres.

Personne ne vit de changements s’opérer en elle. Les mois passèrent, elle n’eut plus de crises du tout. Ses parents envisagèrent très sérieusement de la marier à un voisin pour agrandir leurs terres. Elle ne voulait pas de ce mariage, elle se mit terriblement en colère. Rien n’y fit, le père désirait que son domaine s’agrandisse, et, surtout il tenait à ce que sa lignée se poursuive, il voulait à tout prix un petit fils digne de sa famille.

Tout fut organisé dans le plus grand vaste, tout le village fut invité, des prélats, des politiciens, étaient présents. Les parents de Maud avaient dépensé sans compter, tout aurait pu être parfait et racheter toutes ses années si pénibles…

Mais le destin veillait...

En arrivant en mariée au bras de son père, Maud fut prise de violentes douleurs, elle se tordit dans tous les sens. Elle se mit à crier puis à hurler. Tout le monde pensa que c’était de nouveau une de ses crises, qu’il suffirait d’attendre un peu, et, que le mariage pourrait avoir lieu plus tard, une fois qu’elle se serait remise.

Personne ne pouvait envisager ce qui allait arriver.

Maud en quelques secondes nagea dans une marre de sang, deux bébés attachés l’un à l’autre tombèrent à terre, ils semblaient être ni garçon, ni fille, ils étaient confondus et extrêmement poilus. Ils hurlèrent immédiatement de concert se tordant comme leur mère dans tous les sens. Tous étaient pétrifiés d’effroi. Comment un ange pareil d’une si grande beauté pouvait accoucher de tels monstres vociférants ? Et de qui étaient-ils ?

Le futur marié partit en courant ainsi que sa famille, il ne restait plus que la famille proche de la jeune fille, son ancienne nounou ainsi que sa gouvernante. Tous étaient ébahis, consternés devant un tel spectacle. C’était comme irréel, ce qui aurait dû être un conte de fées avait tourné au cauchemar le plus horrible. Quelques minutes plus tard, le père de Maud s’affaissa à son côté terrassé par une crise cardiaque, sa pauvre mère perdit alors l’esprit, elle hurla en s’arrachant les cheveux et en se tapant la tête contre les murs. La jeune fille à son tour expira dans un râle puissant. Nul n’eut le temps de réagir que tout était déjà consommé, la pièce n’avait eu qu’un seul acte.
 

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MCM dit

Cette histoire nous tient en haleine de bout en bout.
Bises!!

Mardi 8 Avril 2008, 21:00 GMT+2 | Retour au début

En lisant cette histoire, j'y vois comme une allégorie de la nature à l'état brut, sous des traits humains, et forcement inadaptés.
Amitiés Louise,
les récits fantastiques vous réussissent

Samedi 19 Avril 2008, 06:45 GMT+2 | Retour au début