Une autre chance

Les terres d'Henriette apportèrent à leur tour assez de revenus pour vivre et garder la grande propriété à peu près en état mais ses caprices ne s'arrêtaient jamais, les femmes, les jeux, les courses et l'alcool vinrent à bout des terres de celle-ci. Ils durent vendre la propriété. Ils se retrouvèrent dans un petit appartement dans une rue commerçante. Adélaïde fut rapidement mariée à un clerc de notaire et Alphonse devint comptable. Henriette se mit à la couture et la grand-mère aidait de son mieux pour la cuisine. Il y avait longtemps qu'ils n'avaient plus de domestiques.
Il y eu un temps de mieux grâce aux salaires du fils et au départ de la fille mais Arthur ajouta à ses activités extérieures un nouvel élément, le manque de goût pour le travail. Il ne traita progressivement plus aucune affaire, et, le fils se maria rapidement à son tour avec une fille de commerçant. La misère alors s'installa, la grand-mère eut l'intelligence de mourir rapidement d'une pneumonie, elle fut enterrée le plus simplement du monde. Le couple avait juste de quoi ne pas la laisser à la fosse commune. Elle n'avait jamais porté la moindre protestation, elle avait tout vécu avec le même regard béant d'admiration sur ce fils tant désiré.
Un mois après l'enterrement sa femme et lui emménagèrent dans une chambre de bonne sous les toits dans un très vieil immeuble loin de la ville. Henriette n'était plus que l'ombre d'elle-même, ses enfants lui manquaient terriblement, elle n'avait eu de l'affection que de leurs parts. Ils ne venaient plus, la honte sans doute. La nourriture parfois se faisait rare, elle avait froid le plus souvent, et ses travaux de couture ne suffisaient pas à les faire vivre.
Arthur se mit à rentrer de moins en moins souvent pourtant jamais Henriette ne se plaignait puis un jour, il ne rentra plus du tout. Durant trois ans, il ne prit aucune nouvelle d'Henriette. Il vivait seul dans un arbre, il était devenu, lui, le maître si puissant, l'héritier, le fils unique, un vagabond. Il passait son temps à se souvenir de ses jours fastes et heureux. Il aurait bien voulu retourner vers sa femme mais il n'osait pas. Il n'était plus qu'un alcoolique, vieux, sans un sou.
Un jour, il découvrit une boîte de boutons au milieu de ses détritus, il aurait pu la laisser là mais cette boîte lui brûlait les yeux. Il ressentait à son contact comme un vent glacial dans ses os, il avait causé tant de mal à sa famille. Cette boîte était comme sa conscience, le reproche du néant de sa vie.
Rêvait-il ? Il resta à la contempler une éternité, il ne cherchait même pas à reprendre ses esprits. Quelque chose de plus fort que lui l'obligeait à la garder, et, ce fut justement le matin suivant que sa vie bascula.
Un homme âgé d'une cinquantaine d'années fort bien habillé s'arrêta et lui demanda où il avait trouvé cette boîte à couture. Arthur répondit honnêtement qu'il n'en savait rien. Elle était peut être là depuis le début de son installation dans cet arbre ou peut être était-ce le vent ? En tout cas Arthur avait bien fait de l'avoir gardée avec lui. L'homme était à sa recherche depuis la disparition de sa femme, elle était tout ce que représentait son épouse. Il fit une proposition pour l'acquérir alors Arthur saisit sa chance. Il demanda de quoi vivre avec sa femme pour le reste de ses jours. L'homme ne broncha pas, il sortit de sa veste de gros billets contre la boîte à couture et s'en alla.
Arthur retourna vers Henriette en espérant qu'elle serait toujours au même endroit. Il frappa à sa porte, attendit quelques instants qui lui parurent une éternité. Une vieille femme très mince et aux regards doux lui ouvrit, elle mit sa main droite à la bouche, aucun son ne sortit sur l'instant puis au bout d'un moment, elle lui dit : "Entrez Arthur".
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MCM dit | Continue de nous écrire de belles histoires comme celle-ci, c'est un vrai plaisir de venir te lire. |
senioretjournal dit | Bonjour Louise |
hauteclaire dit | Histoire de destinées entre bonheur et décadence, chute et hasard. Une boite symbole de rédemption? |






