Le miracle des mots et des notes.

Le miracle des mots et des notes.
En ce joli jour de mai, je n'ai pas envie de voir le soleil, ni de sentir le froid de l'eau. Ma soeur s'en va prête pour la piscine, premier jour d'ouverture et déjà maillot de bain, serviette, crème et chapeau, lunettes aussi en poches. On pourrait croire à une vacancière d'août avec ses jambes toutes blanches et son petit short rose.
Je préfère nettement rester à la maison dans ma pièce préférée, "ma chambre," m'allonger sur mon lit, le dos bien calé par de gros coussins moelleux, en ayant pris soin auparavant de lancer le disque de Ludwig Van Beethoven. J'écoute alors la symphonie numéro 3, puis le numéro 4 et 5 jusqu'à la 9ème. Ainsi, je plonge avec délice dans mon bassin personnel à la mousse aux couleurs "sérénade, concerto, Symphonie Pastorale". Je navigue sur les notes de musique, je me laisse totalement emporter par le rythme et la beauté des morceaux.
Aujourd'hui, ce sera une histoire mystérieuse, pleine d'intrigues et de rebondissements. Je suis en partance pour cet autre monde. Je me laisse bercer dans une vague de bonheur. Je retrouve ce moment où j'étais dans le ventre de ma mère tendrement protégée. Je ressens tout avec plus d'intensité. J'aime que mes yeux sentent l'odeur du livre, j'ai cette faculté de ne pas sentir uniquement par le nez mais aussi par mes yeux.
Je rentre telle une danseuse sur scène un soir de gala à l'intérieur de l'histoire grâce à sa couverture et à son résumé au dos. J'ai un rituel comme les artistes. A chaque fois durant un moment je ne le lis pas, non, tel un trésor extraordinaire, je tiens l'ouvrage un certain temps contre ma poitrine, je le serre contre mon coeur, je le hume, comme lorsqu'une mère porte son enfant dans ses bras pour la première fois.
Plus rien ne compte, souvent, même à chaque fois pour être honnête je ferme les yeux, je m'envole dans un temps de paix, la musique offre à mes oreilles un bouquet de sensations, de vertiges et de tranquillité toute à la fois.
Je suis sur le chemin de cet ailleurs que j'aime tant, comme en prière, je me sens plus près du ciel. Je reste là sans bouger en respirant à peine. Paradoxalement je ne suis jamais si vivante et si-moi même que dans ces minutes.
Pourquoi ajouter de la musique me direz-vous ?
Parce que la lecture et la musique sont indissociables pour moi. Ce sont mes deux passions. J'ai ce don de l'entendre même si elle est au plus bas, presque muette aux oreilles des autres, elle est en mon coeur. Les touches d'un piano me sont plus vitales que de la nourriture.
Tout comme les mots, ils sont mon élixir de vie. J'ai une approche très sensuelle, très tactile, très olfactive, et, très sonore du papier et des notes de musiques. L'épaisseur et la texture du papier est essentielle pour moi comme le jeux, le rythme, les silences, les croches, les noirs et les blancs.
Je pense souvent à ce qu'à vécu une feuille d'un livre ou de musique pour venir jusqu'à moi. Je sais qu'elle peut être différente suivant les fibres qui la composent, de la façon dont elle a été travaillée et du temps. J'aime m'inventer sa vie sa vie d'avant, son chemin pour qu'elle puisse être enfin entre mes mains et devant mes yeux.
C'est toujours avec beaucoup de délicatesse que je tourne les pages d'un livre ou d'une oeuvre musicale qu'ils soient neufs ou vieux. Je n'aime pas les savoir attaqués par le jaunissement, par le brunissement, par les salissures, les taches de moisissures ou par des déchirures.
Pour moi, le papier est vivant, un livre est vivant au même titre qu'une partition.
Je suis en admiration devant un chef d'orchestre qui connaît par coeur toutes le notes de l'oeuvre qu'il fait interpréter par son orchestre, comme devant un écrivain qui laisse filer les mots et qui au fur et à mesure écrit un roman. C'est l'assemblage qui forme un conte, une nouvelle, un morceau ou une partition entière de musique.
J'accorde une dimension humaine à ces arts si grandioses.
Que ce soit avec l'écriture ou la musique, je ressens pleinement la vie des personnages, je me transporte dans le temps, je parle même parfois une autre langue, je suis tour à tour un homme, une femme, gaie, triste, déchirée, tout me devient possible. Je suis capable de me transcender, j'apprends beaucoup, je suis une autre, des autres, lui, elle, eux, nous, vous, tous.
Par Louise, Lundi 14 Avril 2008 à 00:00 GMT+2 dans Imaginaire (article, RSS)







