Jardin secret

Cette histoire est plus extraordinaire qu'il n'y paraît, pour les non initiés on pourrait croire que Clara menait une vie comme toutes les autres et pourtant...
Depuis toute petite déjà Clara se sentait différente, elle sentait en elle d'étranges pouvoirs, des visions s'imposaient, des odeurs, des sons, des sensations comme si elle savait qu'elle appartenait à un autre monde, celui de l'au-delà...
Jusqu'à ses treize ans elle vécut presque comme les autres enfants mais sans jamais se départir de son rêve. Celui de rencontrer ceux qui l'accompagnaient depuis toujours, les morts. Elle aimait tout particulièrement se promener dans le cimetière de son village, elle y restait des heures, des journées entières lors de ses vacances d'été. Elle choisissait des tombes, s'asseyant dessus, elle lisait les quelques renseignements laissés par les familles, et, selon l'âge, le sexe, l'année de leur naissance et de leur décès, elle se mettait à s'imaginer ce qu'avait bien pu être leurs vies.
L'un d'eux était aviateur pendant la guerre, elle le voyait enfant jouant déjà au pilote avec un avion qu'il se serait construit, elle imaginait un petit garçon aventureux, n'ayant peur de rien, aimant la vitesse, volant libre comme un oiseau. Une autre était poétesse, elle partageait son goût pour les mots, parfois même, elle lui lisait un recueil de poésies pour ne pas qu'elle s'ennuie seule dans la terre humide. Elle savait que sa lecture pénétrait l'âme de cette si veille dame morte à presque cent ans. Elle se demandait d'ailleurs comment elle avait fait pour vivre si longtemps sur terre. Est-ce sa passion des mots qui l'avait gardée en vie ? Et puis il y avait une suite de tombes sans aucun nom. Ceux qui n'avaient plus personne pour s'occuper d'eux.
Elle restait auprès de ces tombes longtemps, elle inventait leurs vies, elle s'imaginait comment ils étaient morts. Seul sur le trottoir, dans la rue un soir d'hiver ou de misère dans une cabane au fond d'un bois, voire dans un hôpital sans personne à leurs côtés. Elle les faisait vivre avant leur déchéance, avant l'effondrement. Ils étaient souvent des adultes avec des responsabilités, avec des charges de familles, riches. Ils avaient voyagé, ils avaient aimé, ils avaient été beaux, intelligents et c'était toujours des évènements tragiques qui les avaient amenés dans la solitude d'une tombe anonyme. Souvent elle leur apportait des fleurs cueillies au bord du chemin ou venant du jardin de son père.
Et surtout il y avait le mercredi, le mercredi c'était le jour des enfants, des bébés, des tombes blanches immaculées remplies de statues d'anges, couvertes de peluches avec la plupart du temps la photographie de l'enfant trop tôt disparu. Là, elle s'asseyait à côté de la tombe, elle apportait ses jouets, et, elle jouait avec eux. Elle leur lisait des contes, elle leur chantait des comptines, elle faisait la cuisine pour eux avec sa dînette. Elle se trouvait bien avec eux, comme si le vide qu'elle ressentait n'existait plus. Elle les imaginait pour l'un riant, mangeant, courant, pour l'autre dormant profondément dans son berceau au son d'une voix maternelle, pour un autre encore, elle le voyait découvrir un grain de sable, les rayons du soleil, ou les premiers pas dans la mer.
Un jour en se rendant au cimetière, elle fut renversée par un chauffard. Elle resta allongée sur le bitume, et, durant un temps elle se sentit partir dans un tunnel blanc vers une belle lumière. Elle ne ressentait pas les douleurs de son corps. Une force puissante l'entraînait vers ailleurs. Son âme était en paix, elle eut même le temps de dire au revoir à ses parents. Elle rencontra alors tous ses amis, la poétesse, l'aviateur, les miséreux et les enfants. Tous étaient vers elle, ils lui tendaient les mains. Puis étrangement elle se trouva en face d'elle-même ou de son double, elle ne savait pas. Elle sentait sa présence très fortement, elle avait la même odeur qu'elle, le même regard et surtout la même voix.
"Bonjour Clara, tu ne dois pas encore venir avec nous, ton jour n'est pas venu, je vais te dire un secret. Retourne vers papa et maman, ils ont déjà tellement souffert en me perdant. Je suis ta soeur jumelle. Ma vie a été très courte, je suis née la première, je n'ai respiré que le temps que tu arrives. Je suis morte à la minute où tu es née. Ton heure de naissance est l'heure de ma mort. Je ne suis pas dans ce cimetière car nos parents m'ont fait incinérer et mes cendres ont été jetées au pied de l'arbre de leurs premiers baisers. Tu dois vivre, grandir, aller vers les vivants. "
Lentement Clara reprit alors conscience de son corps, elle ressentit une terrible douleur à l'épaule et à la jambe gauche, elle sentait aussi le sang chaud couler de son front, malgré tout, elle put ouvrir ses yeux et elle entendit ses mots.
"Alors mademoiselle, vous voilà à nouveau avec nous, bienvenue, ne bougez pas les pompiers vont arriver."
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hauteclaire dit | Bonjour Louise, |
louise dit | Coucou ma Foise, |
MCM dit | Oui, très belle histoire, ce n'était pas son heure. |






