Il était une fois fois une merveilleuse vieille dame connue sous le doux prénom de Clémentine. Prénom prémonitoire puisque depuis sa plus tendre enfance elle vend sur les marchés dans notre bonne ville. Qu'il fasse froid ou chaud, qu'il pleuve ou qu'il vente, elle est toujours présente avec son vieux fichu sur la tête, d'abord elle fut avec sa mère "la Françoise", puis avec son mari "le Léon" et maintenant la voilà seule.
Ne croyiez pas qu'elle soit triste, elle a ses jours avec son arthrite et ses misères mais si vous lui parler de ses fruits et de ses légumes, ses yeux pétillent et elle peut vous adresser ces quelques mots.
"Il faut à peine les faire cuire, c'est que la cuisson ça enlève les vitamines, pour sûr, vous avez bien compris, il ne faut pas trop les faire cuire".
"De mon temps, les femmes , elles ne faisaient pas tant de manière, maintenant pour un peu que mes salades aient de la terre, elles se vendent pas, vous en prendrez bien une ma petite, allez..."
" Vous n'êtes pas du pays, vous avez un ben drôle d'accent, tenez goûtez donc à mes myrtilles, vous m'en direz des nouvelles, c'est que dans notre pays y a que du meilleur, pas vrai ! "
Il faut la voir voir arriver vers six heures trente du matin avec sa carriole accrochée à son vélo, toujours en noir depuis qu'elle a perdu sa mère, cela fait plus de trente ans. Elle est chaque année plus menue, mais toujours aussi vive.
Elle pose en premier une table bien branlante qu'elle cale avec un morceau de bois, elle aligne ses caisses de légumes et de fruits suivant les saisons, parfois, elle en met par terre, sa table étant trop petite. Elle vend aussi quelques pots de confitures avec pour écriteau une vieille ardoise toute cassée sur lequel le mot "maison" claque à la craie blanche d'une écriture digne d'une maîtresse d'école, et, il y a aussi quelques layettes, c'est son passe-temps.
"Eh ! La laine, c'est que c'est chère et puis ça fait toujours des pièces".
C'est un tableau quand vous la voyiez debout le dos courbé, les mains sculptées par le temps, toujours le même tablier noir sur sa robe noire, ainsi que le même châle noir lui-aussi ajouré par endroits. Elles portent en travers de sa poitrine une sacoche en cuir marron sans âge. C'est là qu'elle met ses sous. Elle vous dira que pour elle, les euros c'est l'horreur.
"De quoi perdre la recette".
Heureusement, il y a le Martin le boucher d'à côté et la Maryse qui veillent et qui l'aident quand elle se perd encore. Quand elle n'a personne qui s'arrête, elle fait le camelot, elle interpelle les passants en lui invitant à regarder ses produits. Jamais, oh ! Grand jamais, elle ne permettrait d'y goûter !
Elle forme une sorte d'unité avec son étale, elle est comme elle le dit souvent à sa voisine à son affaire.
" Ici, je suis à mon aise".
Quand Clémentine ne sera plus sur le marché, c'est qu'est sera sous la terre, et, elle nous manquera.
Louise