
Grenoble,
Le 21 /12 /1990
Sylviane,
Je ne pouvais passer ces fêtes sans vous envoyer ces quelques mots, vous ne m'en voudrez pas je l'espère, tout d'abord bonnes fêtes à vous, à Antoine et à toute votre famille. Comme vous le savez, je suis en dernière année, mes partiels se sont bien passés. Je serai enseignant dès la rentrée scolaire prochaine et je suis certain que vous devinez l'endroit où je désirerai être muté, le plus prêt de vous bien sûr. Nos échanges, votre sourire me sont devenus très précieux. Sylviane je tiens beaucoup à vous, à nous deux devrais-je dire. Pouvez-vous y réfléchir ? Ne dîtes rien sur mon âge ou sur le vôtre, je suis adulte, pardonnez mon audace, si vous êtes prête, je suis prêt.
PS : Bisous à Antoine.
Sylviane a repris son travail depuis une semaine, sa période de congé ne pouvant excéder quinze jours. Les mois d'été et d'hiver sont des mois très chargés, qu'elle aime particulièrement car durant ces périodes, elle fait beaucoup de rencontres avec des gens de tous les horizons, et parfois très étonnants. Elle affectionne le contact avec les étrangers, Sylviane parle couramment l'anglais et un peu d'italien et d'espagnol. Depuis son départ Antoine lui a déjà envoyé trois cartes postales, il se porte bien mais à chaque fois qu'elle tient entre ses mains les mots d'amour de son fils, elle tombe en larmes, comme il lui manque ! Son enfant, quelque part lui appartient en entier, et c'est uniquement par amour pour lui, et par tendresse envers son ex-mari que les échanges se passent bien.
En ce quatorze juillet, les quais d'Evian-Les-Bains brillent sous les feux d'artifices, des familles entières sont venues des environs et d'un pays tout proche, la Suisse. D'autres, manifestement viennent de beaucoup plus loin, des indiennes déambulent dans leurs saris de soie aux couleurs multicolores, des hommes, leurs époux sans doute les accompagnent habillés de fines chemises en coton d'un blanc immaculé, des africaines portent leurs enfants dans le dos. Tout cela forme un tableau enchanteur, la nature en cette douce soirée enveloppe les êtres de sa bienveillance, et les bateaux ne voulant pas être en reste se sont parés de mille atours, mêlant guirlandes, lampions et drapeaux, des airs de musique caressent les oreilles, des odeurs de gaufres enivrent les palais, tout prête au bonheur.
« Non, oui, excuse-moi maman, je dois me rendre aux toilettes ».
Sylviane se lève alors d'un seul bond et rentre dans le jeune homme, le café se répand sur son pantalon.
« Excusez-moi » dit-il.
« C'est rien, vraiment rien, un peu d'eau et il n'y paraîtra plus ».
« Depuis que vous avez passé la commande, je me demande où je vous ai déjà vu ? ».
« Ah !!! Vous vous connaissez ? ». Demande Paulette.
« Actuellement, mon immeuble est sens dessus dessous. Tous les locataires du dessous, voudraient habiter au dessus. Tout cela parce que le locataire qui est au-dessus, est allé raconter que l'air que l'on respirait à l'étage au-dessus était meilleur, que celui que l'on respirait à l'étage en dessous ».
Sylviane est sans dessus dessous, rien qu'à l'idée de penser que son inconnu est assis juste à ses côtés, elle est comme dans une sorte de brume...
De retour à son appartement au environ de dix huit heures trente, Sylviane comme à son habitude fait le ménage et prépare le repas pendant qu'Antoine joue dans sa chambre. Une fois celui-ci couché, elle s'accorde un temps bien à elle, et contrairement aux autres soirs, où elle ne s'attarde pas, elle s'examine dans le miroir placé au-dessus du lavabo. D'un geste lent, elle laisse tomber son peignoir, elle se découvre alors entièrement nue. Avec attention, elle regarde ses longs cheveux châtains et ses yeux verts noisette légèrement en amande, son nez un peu trop aquilin à son goût et sa bouche ourlée.
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